Giuseppe Mastromatteo : féeries dissidentes (entretien)
Moulés des seules lignes de leur silhouette, les corps de Giuseppe Mastromatteo font oublier leur nudité au profit d’étranges structures qui éloignent de la pure apparence réaliste en une éternité statique au sein de torsions improbables. Le corps nu signifie un indicible plus qu’une sensualité. Autour de son fantôme ne louvoie qu’un ersatz de volupté généré par la plastique impeccable de mises en espace épurées.
Le photographe crée une sensation de vertige de la pure émergence. Il ne plonge jamais dans le tumulte des viscères et le chant d’amour qui voudrait s’y nicher. Même joint à un autre, le corps ne suggère aucune attente. Il reste comme une énigme dans l’air. Deux petits seins dressés comme deux majuscules ne cherchent pas la tendresse ou la vie buissonnière en des jardins secrets.
Mastromatteo suggère une forme d’absence bien plus que des rapprochements. L’anatomie ignore spasme et chaleur. Eclairée violemment, elle devient marmoréenne. La seule extase est plastique. L’aventure de la nudité devient celle du langage. Le modelage formel finit par avoir raison de tout. N’est-ce pas ainsi que la nudité atteint sa plénitude ?
De Giuseppe Mastromatteo, « photographies » : Emmanuel Frerin Gallery (New York), Fabbrica Eos (Milan).
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Ton désir.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je suis encore un enfant.
A quoi avez-vous renoncé ?
A rien. Je suis heureux avec ce que j’ai. Mais j’ai des choses auxquelles je ne veux pas renoncer.
D’où venez-vous ?
De Busto Arsizio.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Enfant j’écrivais à Armani, Missoni, Moschino, Puis j’ai renoncé. Mais je continue à admirer ce qu’ils ont fait.
A quoi avez vous renoncé pour votre travail ?
A une paire de fiancées.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Le fait de ne pas penser que je suis un artiste.
Où et comment travaillez-vous ?
En faisant des recherches, constamment. Je vis sur les réseaux, dans les librairies et je vais quand je le peux dans les expositions et les foires d’art.
Quelle musique écoutez-vous en travaillant ?
Genius choisit pour moi.
Quel livre aimez-vous relire ?
”American Psycho” de Bret Easton Ellis.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je n’aime pas me regarder dans un miroir. J’ai du mal avec les matériaux de réflexion. Même avec ce moniteur d’ordinateur qui reflète constamment mon ordinateur. J’ai commandé une pellicule opaque.
Quels sont les travaux quotidiens qui vous pèsent le plus ?
Vider les ordures. J’ai horreur de vider les ordures.
Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Andy Warhol, Mapplethorpe, David Hockney.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Je ne le dis pas.
Que défendez-vous ?
Mon intimité et mon cerveau.
Que pensez-vous de la phrase de Lacan : « L’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ? »
Dans l’absolu, ce n’est pas vrai.
Et celle de Woody Allen “La réponse est oui mais quelle était la question ? »
J’aime Woody Allen.
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com
