Giuseppe Genna, Sous un ciel de plomb
Á la veille de l’indulto, Cerfoglio, un prisonnier politique, s’évade et plonge l’Italie dans le désarroi.
Ce roman est incrusté de crasse. Crasse due à la chaleur et à la sueur – à la peur aussi. Tout au long de cette aventure, l’inspecteur Guido Lopez en est empreint. Au début, c’est une histoire assez simple. Celle de l’évasion de Cerfoglio, un prisonnier politique, à la veille de l’indulto, une loi d’amnistie qui intervient vingt ans après l’affaire Aldo Moro. Mais d’un coup, c’est la folie. Le ministre de l’Intérieur se met à harceler le commissaire Santovito, supérieur hiérarchique de Lopez, et le menace de destitution. Les services secrets investissent le poste de police et témoignent au personnel – policiers et carabiniers – tout le mépris dont ils sont capables.
Lopez, le meilleur élément du commissariat, est très vite mis sur la touche et se retrouve chargé d’une enquête minable : le suicide de Pessina, un malfrat de faible envergure. Mais il sera dit que le hasard – s’agit-il réellement de hasard, les voies du Seigneur et des services secrets étant impénétrables… – devait se mêler de cette histoire. De plus, Lopez n’aime pas être mené en bateau. Alors il enquête à tout va. De manière officielle ou officieuse. Avec ses méthodes. Et elles ne sont pas toujours du goût des autres. Ce n’est pas Rita Mennitti, prostituée de la périphérie milanaise, qui dira le contraire.
Le spectre des Noyaux Armés Révolutionnaires est au cœur de cette affaire. Tout le monde manipule tout le monde. Et pourtant, tout le monde agit à sa guise ! Les micros sont omniprésents dans le commissariat et on ne peut faire confiance à personne. Tout le monde moucharde… mais pour qui ? Pendant ce temps, Lopez s’aventure dans les caves des HLM, la peur au ventre et la crasse poisseuse aux mains.
Sous un ciel de plomb est un roman d’une noirceur absolue qui revient sur une période trouble de l’Italie des années 70, où le terrorisme d’extrême-droite faisait la loi et où la répression prenait des allures de véritable guerre civile, déchirant à l’envi une population divisée. L’écriture de Giuseppe Genna est brutale, sèche ; l’auteur ne s’embarrasse pas de fioritures. Il décrit un monde noir, sans gentils ni méchants, et une période révolutionnaire dont personne n’est sorti indemne ; tout le monde a les mains tachées de sang mais cherche à en rejeter la responsabilité sur son voisin. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire et seule compte la vérité officielle. Celle qui, bien souvent, s’écarte de LA vérité.
julien védrenne
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Giuseppe Genna, Sous un ciel de plomb (traduit par Julien Gayrard), Grasset, 2004, 190 p. – 12,90 €. |
