Giuseppe Cardoni, L’été

Giuseppe Cardoni, L’été

Le monde de Giuseppe Cardoni est celui des rues. Poète de cet univers, il sait que ses photos semblent prises juste avant ce que tant d’autres photographes ratent. Autant d’illusions passagères : par le noir et le blanc, un tel créateur ne rate jamais la poésie des lieux. Et la philosophie qui s’en retire n’a pas besoin de philosophie tant ses images valent plus que des mots. L’artiste dégage des ombres. La lumière pose son aura sur la réalité par celle de ses « traces » sur le monde italien.

L’artiste refuse d’en imposer des rides. Mêmes celles de tentures guérissent du temps là où l’auteur fonde une éternité particulière. La mémoire échappe progressivement tant Cardoni fait éprouver le sentiment d’une vérité partagée. Nous quittons la terre ferme et pour un temps la durée de l’illusion passagère. Le sentiment de telles photographie, c’est de « réduire par la volonté immédiate la vieille rhinite accumulée », comme écrivait Artaud.

Pénétrer de telles images revient donc à prendre le sentier de vie. De la goutte de nuit et de celle de lait, du grand liquide obscur et de celui de la lumière, bien des choses naissent. Quelque chose de l’ordre du désir s’engouffre dans un sorte d’absolu. Restent le vierge et le vivace. L’axe de la réalité oscille à travers la lumière qui rallume ses raccords : une ligne germe, une autre s’enferme, une autre devient allusive jusqu’à former des empreintes et les effluves du noir et blanc qui circulent entre eux. Si bien que, pour chaque prise, il faut des actes plus que des faits innés.

jean-paul gavard-perret

Giuseppe Cardoni, L’été, L’œil de la Photographie, août 2025.

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