Gérard Noiriel, Le massacre des Italiens, Aigues-Mortes, 17 août 1893
Un pogrom anti-italien en France

Gérard Noiriel, historien engagé de l’immigration, signe un livre sur un épisode dramatique et peu connu en France, le massacre des travailleurs italiens, à Aigues-Mortes, le 17 août 1893. Le lecteur français apprendra beaucoup sur ce que l’auteur qualifie de « plus grand pogrom de toute l’histoire contemporaine de la France.«
Le livre est construit à partir de plusieurs niveaux d’études. Après une analyse de la société locale, Gérard Noiriel livre un récit détaillé du massacre, presque heure par heure, particulièrement impressionnant, et même poignant, où les faits et gestes des protagonistes sont décrits avec soin.
Dans un troisième temps, il réfléchit sur la construction de l’identité nationale française, dans le seconde moitié du XIXe siècle qui expliquerait selon lui les violences subies par les immigrés italiens. On sent à l’évidence que l’auteur n’est pas un fervent défenseur de l’identité nationale…
Ensuite, l’analyse du procès lui permet d’avancer une explication sur l’acquittement dont ont bénéficié tous les accusés, pour finir sur la mémoire du massacre jusqu’à nos jours. Les enjeux diplomatiques de cette terrible affaire sont bien mis en lumière. Ils sont en effet très influents sur le procès et son issue, comme l’ont été le pouvoir politique et la presse. Cependant, pour Noiriel, ils n’expliquent pas l’incroyable acquittement. Il est plutôt la conséquence du processus de nationalisation des Français et de leur justice. Encore et toujours…
On retrouve ici la thèse centrale de Gérard Noiriel : l’immigration, qui n’est pas un problème en soi, mais qui se trouve au cœur d’une « machine à fabriquer des problèmes. »
Celle-ci a été mise en marche par l’élite républicaine au nom du principe d’égalité/identité inséparable de la citoyenneté telle que les républicains la conçoivent. L’intrusion de plus en plus marquée de l’Etat, la centralisation du pouvoir et la souveraineté populaire conduisent à rejeter ceux qui ne font pas partie de la communauté citoyenne et nationale. A cela se sont ajoutés les problèmes locaux : la Compagnie des salins du Midi emploie des ouvriers italiens dont la force de travail concurrence celle des ouvriers saisonniers français (les trimards). Ces derniers, nombreux et sous-employés, sont à l’origine du massacre qu’une partie de la population aigues-mortaise de souche (décidément…) accompagne avant de le légitimer.
L’ analyse historique, bien construite mais très sociologique, est enveloppée d’un certain ton moralisateur qui dénonce les effets du libéralisme et la « dérive sécuritaire » des Français de l’époque. Elle participe au courant très critique à l’égard de la IIIe République accusée d’être à l’origine d’une xénophobie contraire à ses valeurs par le processus de nationalisation des citoyens français.
f. le moal
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Gérard Noiriel, Le massacre des Italiens, Aigues-Mortes, 17 août 1893, Fayard, janvier 2010, 290 p. – 20,00 € |
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