Georges Feydeau par la Comédie Française

Georges Feydeau par la Comédie Française

Un spectacle sans égal dans les annales du Boulevard

Il fut un temps où les critiques reprochaient à la Comédie Française de se commettre avec le théâtre de boulevard ; une quarantaine d’années plus tard, on ne peut que l’en féliciter, au vu des spectacles extraordinaires qui en sont sortis.
Les pièces de Feydeau filmées entre 1968 et 1979 qui figurent dans ce coffret sont un régal pour le connaisseur d’art dramatique : si les mises en scène de Jean-Laurent Cochet (Mais n’te promène donc pas toute nue et La Puce à l’oreille) sont moins brillantes que celles de Jacques Charon (Feu la mère de Madame et Un fil à la patte), tous ces spectacles réunissent des acteurs fabuleux jouant au mieux de leur potentiel.
Jacques Charon lui-même est particulièrement remarquable dans Feu la mère de Madame : hilarant et pathétique à la fois, très expressif même de dos, et sans outrance. Micheline Boudet se montre à la hauteur, sachant tirer le maximum d’effets de chaque réplique – quand on l’a entendue dire : “Se mettre en Roi Soleil… par temps de pluie… c’est ridicule !”, on en pleure de rire chaque fois qu’on s’en souvient.
Mais l’interprète le plus extraordinaire du coffret reste Robert Hirsch dans le rôle de Bouzin (Un fil à la patte) : il y déploie un génie comique comparable à celui de Chaplin ou de Keaton, transformant et son visage, et son corps pour se muer en créature unique en son genre, qui marche pliée en arrière, rebondit à la façon du caoutchouc et dégage en toute circonstance un air inénarrable de bêtise répugnante. Rien que pour lui, ce spectacle reste sans égal dans les annales du boulevard.

La Dame de chez Maxim, mise en scène par Jean-Paul Roussillon (1981), permet à Catherine Samie (la Môme Crevette) de nous épater en Parigote vulgaire mais bien plus digne d’estime que les dames du beau monde – le contraste entre elle et la Baronne (Geneviève Casile) est un sommet de drôlerie.
Quant au seul spectacle récent du coffret, Le Dindon (2003, mise en scène de Lukas Hemleb), il pâtit par moments de ses effets gratuits – les arts martiaux auraient mieux fait de ne pas y apparaître -, mais il s’en tire étonnamment bien de la comparaison avec les pièces évoquées plus haut.
Thierry Hancisse (Pontagnac), Cécile Brune (Maggy Soldignac) et Laurent Stocker (Rédillon) y sont toujours plus brillants au fil de l’action, forçant l’admiration.

C’est un coffret à voir et à revoir, hautement recommandable pour passer des heures de fous rires et d’émerveillement devant l’art des comédiens.

agathe de lastyns

Six pièces de Georges Feydeau par la Comédie Française, Editions Montparnasse, novembre 2010, coffret de 5 DVD, 40,00 €

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