Frérot Frangin
Deux frères s’écrivent – l’un est en classe de neige, l’autre en prison. Propos grave mais habilement nuancé de drôlerie…
Durant un mois d’hiver deux frères échangent des lettres : Frérot, 11 ans, titi des banlieues, est en classe de neige dans un grand chalet qu’il appelle l’hôtel Zinzin ; Frangin, 19 ans, est à l’hôtel Zonzon pour vol de voitures et attend la date de son procès.
Dans les lettres bleues du plus jeune, s’inscrit le récit d’un séjour qui ressemble à des vacances pour enfants socialement peu gâtés : le trajet en car dans lequel on somnole par intermittence (au risque de voir la lune affublée des moustaches de la concierge), le copain qui vomit son petit déjeuner parce qu’il va à l’école le ventre vide (ses parents lui disent de se rattraper à la cantine), les glissades dans la neige, les cours le matin, les leçons de ski l’après-midi…
À travers l’encre noire et grasse comme les murs de la cellule, c’est le quotidien triste et brutal du grand frère détenu qui apparaît, en même temps que le regret de la liberté perdue : la promiscuité, le bruit incessant, les jours qui n’en finissent pas, l’ennui.
Écris-moi. J’ai l’impression que dehors, on a perdu mon adresse. C’est le numéro après mon nom qui intrigue ? Qui effraie ? C’est parce qu’on est nombreux ici, Frérot, et que, sans numéro, les gardiens ne sauraient pas bien qui est qui et où est qui.
Cependant, Thierry Maricourt nuance la gravité du propos avec hardiesse, en mettant en parallèle les deux univers et on sourit aux tournures épistolaires fraîches et naïves de Frérot.
Frangin, ton bus était plus petit que le nôtre, mais plus joli, car il clignotait. Il faisait aussi de la musique, un peu comme celle des pompiers. Tes accompagnateurs portaient un uniforme, mais c’était pas celui des pompiers. As-tu dormi pendant le trajet ?
Et même du dedans, Frangin joue son rôle de… frangin et donne au cadet les conseils que donnerait n’importe quel grand frère du dehors.
D’une écriture rude et sensible oscillant sans cesse entre un réalisme cru et une drôlerie désarmante, Thierry Maricourt nous fait vivre une belle histoire d’amour fraternel avec la complicité de Tardi, dont le dessin colle très exactement à l’univers de l’auteur. Entre bandes dessinées et adaptations de Céline, il démontre que l’on peut illustrer un album pour la jeunesse sans pour autant tremper son crayon dans le sirop.
Le dénouement, abrupt, ne révèle rien et laisse au lecteur la petite note d’espoir qui lui permettra de mettre le point final.
patricia chatel
Thierry Maricourt & Tardi, Frérot Frangin, Éditions Sarbacanes, septembre 2005 – 16 x 24 cm ; 56 p. – 12,90 €.
A partir de dix ans.
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P.S Thierry Maricourt & Tardi, Frérot Frangin, Éditions Sarbacanes, septembre 2005 – 16 x 24 cm ; 56 p. – 12,90 €. |
