Frédérick Houdaer, Fond vert
En vert et contre tout
Vu le titre, on pourrait vite estimer qu’un tel poète est pote âgé. Mais l’amour du vert dépasse celui des choux, des carottes et des haricots. Certes, il peut s’agenouiller sur un plant de rhubarbe. Mais au nom de l’amour, il opte pour les vignobles et ses forêts tel un « pays ». Celui-ci, comme un chaperon pas plus malin que le rouge, va aux champignons – ce qui n’a rien de répréhensible mais de préhensible des cèpes pour qui est initié par une telle cytologiste.
Une telle femme le coopte et le chérit car connaisseuse en coopératives et scieries. L’amour n’est pas de bois mais il lui faut s’en enivrer plus que de la bière belge ou de cherry exotique. Issu du terroir, il aime tout ce qui est liquide et alcoolisé et il aime le vin vert et les prés à vaches là où, bien moins qu’elles, catholiques et protestants « se coursaient à travers champs » lors des guerres de religion. Ce fut comme « le quart d’heure rwandais en Saône-et-Loire ».
Mais au milieu du vert les bovidés paissent en paix, même si pour un tel poète leur stoïcisme attise la plaie des conflits d’hier et d’aujourd’hui. C’est un peu comme si les herbes captaient pour lui des ondes mauvaises jusque dans son jardin, « carré de trois mètres par trois / où je suis en train de m’étrangler / avec le fil de ma tondeuse électrique », voire sous le poids de sa ceinture.
Ses salades tournent au vinaigre, le tout grâce au confesseur qui use du burlesque de telles situations digne de Verdurin. Une telle nouvelle verve poétique devient rurale et forestière. Ce mérite éloigne Houdaer de la ville et de sa librairie mais où un éventail de ce nouveau recueil deviendra bouquet.
jean-paul gavard-perret
Frédérick Houdaer, Fond vert, Le Feu sacré, coll. Menace mineure, 2026, 68 p. – 12,00 €.