Frédéric H. Fajardie & Boris Beuzelin (scénario, d’après un roman de Frédéric H. Fajardie), Boris Beuzelin (dessin), Nero – La Nuit des chats bottés
Assistez au plus grand feu d’artifice jamais lancé à Paris, avec Steph et Paul, en l’honneur de Jeanne.
Rentrée 2006
Quand en mai 1977, Frédéric H. Fajardie sort un petit bijou de roman noir avec La Nuit des chats bottés, Boris Beuzelin n’a pas encore 6 ans ! De là à dire que cette rencontre, presque trente ans après, est atypique, il n’y a qu’un pas, que nous nous empresserons de franchir. Les romans de Frédéric H. Fajardie sont très visuels. À l’heure où l’on assiste à un renouveau de la bédéisation, il est naturel de retrouver ce romancier aux premières loges, alors que la présence de Boris Beuzelin risque d’en surprendre plus d’un, Frédéric H. Fajardie le premier :
Certains amateurs considéraient comme évident qu’un Tardi allait se jeter sur un Gentil, Faty, entièrement situé dans le XXe.
Une vraie plastic parade !
Frédéric H. Fajardie aime ses petits bébés d’écrits, et il n’est pas près de les laisser tomber sous le premier crayon venu. C’est une personne qui marche à l’instinct. Avec Boris Beuzelin, la relation s’est très vite avérée fusionnelle. Et il a fallu un dessinateur de génie qui maîtrise, à l’instar du Hugo Pratt des Éthiopiques, le crayonné des armes et des engins militaires. Car si Frédéric H. Fajardie n’est jamais passé à l’acte, il a appris, au début des années 1970, le maniement des bombes. Et dans ce récit, des bombes, Steph, Paul, puis Jack, en posent un peu partout à Paris. Et un peu en Province, selon l’avancée du récit d’enfance de Jeanne, femme rencontrée sur un banc par Steph, ancien militaire remonté contre l’ordre actuel :
Pour la suite, faudrait te faire un cours sur les cheddites. C’est d’un emploi risqué. Ils en avaient sous les tribunes : traces de TNT et du PETN. Il y a aussi de la balistique, de la blasting gélatine, une dynamite très puissante, nitroglycérine et coton poudre. J’espère que t’imagines les risques, la variété des détonateurs et des allumeurs ? Une vraie plastic parade ! Je croyais même pas que c’était possible. Dis, si tu les attrapes, tu me les présentes !
Au début, deux hommes cagoulés qui plastiquent sans raison apparente des lieux de Paris. Leur cagoule, ils l’ont cousue eux-mêmes. Plus doués pour poser des bombes que pour la couture, leur ombre dans la nuit fait penser à deux hommes-chats. Pour les journaux, « militaire » et « chat » donnent un jeu de mot facile, le chat botté. Steph et Paul se l’approprient aisément et tentent de faire tourner en bourrique le divisionnaire Nollet. Ce dernier ne peut s’empêcher de les trouver sympathiques. D’autant qu’il a le ministre et, surtout, l’exécrable Ricci sur le dos. L’enquête avance lentement au rythme des destructions massives : Buttes-Chaumont, usine de Renault-Billancourt… Et puis, les barbouzes entrent dans la danse. Le jeu n’est plus.
La renaissance du romantisme
Boris Beuzelin réalise ici une bande dessinée en noir et blanc qui a le mérite de remettre au goût du jour l’excellent roman de Frédéric H. Fajardie. En tournant les pages, on ne peut s’empêcher d’être atteint d’une douce frénésie qui contraste avec le calme et la rigueur toute militaire de nos deux chats bottés. Alors bien sûr, la BD est faite de choix et certains raccourcis peuvent gêner la compréhension – le moment où Jack, taupe infiltrée, passe définitivement à l’ennemi – et le final nous désarmer, mais il est intéressant de noter avant tout que les motivations irraisonnées ou pas ( !) de nos héros, et cette attirance de Jeanne pour Steph, plantées dans un décor du milieu des années 1970, pourraient aujourd’hui se retrouver dans n’importe quel groupuscule un tant soit peu romantique. Joseph Périgot avait intitulé son premier et beau roman édité Le Dernier des grands romantiques. Jusqu’à ce que d’autres prennent la relève, la dernière fratrie des grands romantiques est celle des Chats bottés.
NB – Quatorze pages en noir et blanc forment, à la fin du récit, un cahier mélangeant photos, sources, lettres et études de Boris Beuzelin.
julien védrenne
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Frédéric H. Fajardie & Boris Beuzelin (scénario, d’après un roman de Frédéric H. Fajardie), Boris Beuzelin (dessin), Nero – La Nuit des chats bottés, Casterman coll. « Écritures », août 2006, 140 p. – 12,95 €. |
