Frédéric Berthet, Daimler s’en va
« Réfléchir, oui. Philosopher, jamais. »
« Raphaël Daimler, dit Raph, ou Daimler, mais rarement Raphaël » est le héros – ou l’anti-héros – de ce livre en trois parties. La première se compose de courts paragraphes, commençant tous par « Daimler », dans lesquels celui-ci réfléchit, analyse, questionne, rêve, cauchemarde, aime, imagine sa propre mort, jusqu’à passer véritablement à l’acte : Daimler descend poster une lettre. D’en bas, il regarde ses fenêtres éclairées au quatrième étage et mesure la hauteur.
C’est cette lettre que reçoit son ami Bonneval dans la deuxième partie, après avoir passé une bonne partie de la nuit à boire du champagne et chanter Sea, sex and sun. Il y apprend que Daimler, qui estime avoir à peu près tout ressenti au moins une fois, a tiré sa révérence. Dans la dernière partie, Bonneval évoque ses souvenirs du défunt. Son petit « faible pour les cris de guerre » éphémères, la philosophie, qu’il qualifiait de « truc de filles élèves en terminale », ses maximes (« Réfléchir, oui. Philosopher, jamais. »), son admiration pour Rousseau… Bref, Bonneval se rend compte combien il est difficile de raconter un homme de vingt-cinq ans qui en avait assez de la vie et a choisi de s’en aller.
C’est aussi ce que Frédéric Berthet a choisi de faire, semble-t-il, le jour de Noël 2003, à l’âge de vingt-trois ans. Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante, notamment épistolaire. Daimler s’en va est un livre fort, intelligent, profond et parfois follement drôle – ne passez pas à côté de l’article consacré aux pigeons, tout droit sorti du « Dictionnaire Larousse Universel du XIXe siècle (…), tome XII, PAC-POU », et surtout des commentaires de Daimler, un moment d’anthologie comique !
agathe de lastyns
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Frédéric Berthet, Daimler s’en va, coll. La petite vermillon, La Table Ronde, janvier 2011, 122 p. – 5,80 €. |
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