Fred Léal, La décollation du raton-laveur
Ce livre distille des compositions quasi abstraites et des anecdotes déjantées. Se retrouvent ça et là des personnages de plusieurs livres de Léal – dont Selva ! D’une certaine manière, la forêt fait retour désormais au cœur de la Guyane auprès d’une bande d’énergumènes baroques. Un des causeurs se targue de devenir chef en l’absence du colonel, auprès d’un ramassis « mélange de fachos reconvertis en soldats modèles, d’inadaptés (trapus) et d’escrocs repentis – ou plutôt désireux de se faire tout petits ».
Il ne s’agit par pour eux de sauver la vierge – en l’occurrence une prostituée qui leur coupera l’herbe folle et dense sous les pieds mais afin de gagner sa partie. Leur objectif est de sauver (par la raison du titre) un maghrébin technicien de surfaces et de serpillères, en mal de vivre et affublé d’un tel sobriquet…
Dans cette fiction presque auto et dystopique (fusée comprise), Léal n’est pas dans le champ poétique et forestier : ces deux là sont en lui. Cette souffrance reste quelque peu remisée. Sous forme d’ambition, à la fois astronomique et cosmique, en une telle poésie (que vaut d’ailleurs son rapport à celui de la science ?) existent des amorces de redistributions aléatoires même si chacun peut digresser vers un substrat politique mais dégagé de tout formalisme.
L’objet n’est plus purement informatif là où il s’agit de désespérer les baroudeurs et les lecteurs. Ils en demeurent ravis, quitte à flirter – un poil – vers l’écologie et le féminisme douteuses mais ironiques en des bribes de conversations sous forme de coïtus interruptus moins physiques que discursifs.
jean-paul gavard-perret
Fred Léal, La décollation du raton-laveur, P.O.L. Editions, Paris, 2024, non paginé – 29,90 €.
