František Halas, Alors quoi ? suivi de Fragments

František Halas, Alors quoi ? suivi de Fragments

In media vita

Erika Abrams a magnifiquement traduit (si l’on en croit l’impression que font ces textes dans la traduction française) le recueil posthume de Frantosek Halas ainsi que ses Fragments choisis par Ludvík Kundera dans les manuscrits, cahiers et bloc-notes du poète. Comme le titre Alors quoi ?, le suggère, le livre emporte vers des lieux sinon étranges du moins angoissants. La lecture secoue et dérange.
Tout est aussi grossier que sophistiqué, entre incertitude et découragement. Ce qui n’empêche pas certains délires où se mélangent jeu et gravité : « D’une vieille beauté le jeune chagrin / et serait-ce/ d’un vieux chagrin la beauté jeune ». La contradiction n’est plus forcément un jeu philosophique : elle tient en suspens les câbles de la vie, les met en pelote si bien que le téléphérique vital déraille sans savoir qui trahit qui ou quoi.

Ce qui n’oblige pas pour autant à se jeter la tête contre les murs. Halas – pour tout effondrement – se contente des éboulements discursifs jouissifs. Tout reste, en équilibre instable ou à l’état de vacance. Le corps perd prise et l’âme a parfois du mal à lui faire la courte échelle. Tout reste antagoniste, conflictuel, funérailles et baptêmes, organes du plaisir et (âge venant) de la nostalgie.
Halas essaye d’être à la hauteur de la bassesse. Il sait ainsi repérer la peur au sein de visions violentes décrites avec froideur. L’être humain est là, sans fard dans « l’enfer réservé aux vivants ». L’auteur sait néanmoins lui trouver des aires de repos provisoire comme si à chaque jour suffisait sa peine là où la dépression semble généralisée.

Le poète devient ainsi un Buster Keaton poète, acrobatique et increvable en ses mots à l’incroyable endurance et leur capacité à détruire les postures et impostures des maîtres de divers jeux dont il a eu à subir l’absurdité et la cruauté des règles.

jean-paul gavard-perret

František Halas, Alors quoi ? suivi de Fragments,  traduit du tchèque par Erika Abrams, Editions Fissile, 2017, 72 p. – 16,00 €.

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