Florian Zeller, La Fascination du pire

Florian Zeller, La Fascination du pire

Voilà un roman aérophagique qui, à l’instar d’un dîner chez MacDo, remplit de vide et ne parvient pas à repaître

Il est certains romans qui me font l’effet d’un dîner chez MacDo : on a beau consommer on est loin d’être repu. La Fascination du pire est de ceux-là, jouant dans la catégorie des romans aérophagiques : il remplit de vide, n’apprend rien, ne procurera pas le moindre chouia d’évasion, et de surcroît ne pourra même pas se réclamer de l’exercice stylistique… Quant au fond, il semble avoir été si peu creusé qu’on en cherche désespérément la substance.

 

Le narrateur est un jeune auteur (double littéraire de Florian Zeller ?) invité en Égypte avec un autre de ses compères. Le séjour sera pauvre en sensations fortes et surtout… en sexe. Le narrateur et son ami, dopés aux expériences érotiques des voyages en Orient de Flaubert, sont forts déçus de ne pas découvrir de vastes harems aux parfums des Mille et une nuits. Il ne se passera donc pas grand-chose au cours ce voyage en dehors de stériles discussions sur l’Islam où cohabitent les références communes aux médiatisés du débat – Houellebecq vs Ramadan – tandis que déferlent d’innombrables clichés sur l’Islam et l’Orient en général. Ainsi, selon le comparse du narrateur, le terrorisme palestinien s’expliquerait par l’état de frustration sexuelle de ces « fous de Dieu » qui vont se faire sauter pour rejoindre leurs 70 vierges au paradis. On a du mal à savoir si l’auteur cherche à dénoncer ce type d’opinions qui foisonnent dans le livre – et dans ce cas il le fait très mal – ou si, entre les lignes et sous couvert de fiction, il faut lire ses propres mots. Soulignons tout de même qu’à travers quelques morceaux choisis du Coran, l’auteur dresse un portrait édifiant de l’Islam où on frappe les femme et tue les infidèles…

Finalement, dans l’optique du narrateur, l’Islam est un monde parallèle où les Saoudiens sont tous des débauchés, où les jeunes filles se font sodomiser pour rester vierges, où les prostituées jouent le jeu de la séduction avant de s’allonger, et où l’Occident est le terreau du mal. On sent bien pointer chez l’auteur une certaine volonté de lever le voile sur le débat actuel mais il ne parvient qu’à livrer un roman pauvre qui se réclame de la fiction (on pourra vérifier l’existence de ce voyage et dudit Martin Millet), fourmille de références caricaturales, et dont le manque d’analyse laisse perplexe.

Mais rappelons que de nos jours il est de bon ton de cumuler tradition houellebecquienne et auto-fiction beigbederienne. L’écrivain qui aujourd’hui vend ses livres par milliers d’exemplaires n’est-il pas ce dandy noctambule et désenchanté qui ouvre les journaux de temps à autre et récupère les nouvelles pour pondre un grand cru ?!
Allez, ça vaut bien le prix Interallié…

sonia rahal

Florian Zeller, La Fascination du pire, Flammarion, septembre 2004, 16,00 €.

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