Filer droit
Parce qu’il a voulu dérober une paire de chaussures, Luke va devoir accompagner une jeune aveugle qui souhaite participer au marathon de Londres
Filer droit, de l’auteur britannique Michael Coleman, est le deuxième titre à paraître dans la collection « doAdo noir », tout juste créée aux éditions du Rouergue. Ce roman, destiné aux adolescents, est une belle surprise de la part d’un écrivain que les enfants français ont découvert chez Bayard et Milan. Car Filer droit n’est pas seulement l’aventure intérieure et personnelle d’un ado un peu voyou, c’est une magnifique histoire qui nous emmène à la découverte de l’univers des aveugles et des mal-voyants – bien mal connu alors que ces derniers sont pourtant très nombreux.
Luke Martin Reid est un JDM. Un Jeune Délinquant Multirécidiviste. Rien de bien grave là-derrière. Seulement des menus délits et larcins. Pas d’attaques de bus, pas de dégradations. Non, Luke a une spécialité bien à lui. Quand il sort de sa poche sa petite lame fétiche, il fusionne avec la serrure qui lui fait face. C’est comme s’il se projetait à l’intérieur. Là, il est devant un 4 X 4 d’où une paire de chaussures de course lui fait les yeux doux. Seulement voilà, comme à chaque fois qu’il s’attaque à une serrure, Luke oublie tout le reste. Sitôt la portière ouverte, il se retrouve à terre. Deux vrais durs s’engouffrent dans la voiture et commencent à jouer les marioles. Tout s’accélère. Le propriétaire déboule et taille un sprint. Sa fille s’immobilise sur la trajectoire d’un véhicule. Luke lâche les chaussures convoitées et vole au secours de la jeune tétanisée avant de s’enfuir à toutes jambes sous la menace de son père, qui croit bien l’attraper quand il se fracture la jambe. Luke est sain et sauf, pour un temps – un temps seulement. Après, c’est le tribunal pour adolescents, la menace d’incarcération, et puis une demande atypique… Jody est aveugle et son rêve a été anéanti par Luke : son père, désormais réduit à l’immobilité, l’entraînait pour le marathon de Londres ; il était son guide, celui qui lui décrit avec de simples mots les aspérités et les accidents du parcours, où tourner, comment dépasser les autres coureurs. La tâche de Luke sera de le remplacer. C’est ça, ou la prison. Luke n’hésite pas.
Là, c’est une révélation. Au fil des jours, il découvre un monde inconnu mais aussi une jeune fille terriblement sympathique, humaine, bonne et généreuse ; une nouvelle vie s’offre à lui. Seulement, hormis Jody, personne ne semble avoir foi en lui. Surtout pas le père de la jeune fille. Et quand les deux caïds du quartier viennent voir Luke pour le casse de l’année, et qu’ils menacent ouvertement de s’en prendre à Jody, il est désemparé…
Une jolie aventure, une fresque romanesque avec un héros en quête de rachat, et une jeune infirme qui force le respect et l’admiration : autant d’éléments qui accompagnent le lecteur à la découverte d’un autre monde. À la lecture de Filer droit, on apprend que chaque couleur s’assimile à une certaine chaleur, que l’on peut jouer avec des non-voyants au football, au tennis en partageant leur handicap, et qu’au bout du compte la joie et l’enthousiasme à l’idée de gagner sont les mêmes pour tous. Luke et Jody sont deux ados en butte à leurs parents mais pour des raisons opposées : ceux de l’un sont trop absents tandis que l’autre aimerait que les siens la laissent respirer un peu. Il était inévitable que Luke et Jody se rencontrent, et si l’amour n’en est qu’à ses prémices, nul doute qu’il éclora et que leur monde prendra un peu de couleur, de chaleur.
julien vedrenne
Michael Coleman, Filer droit (traduit de l’anglais par Judith Roze), Éditions du Rouergue coll. « doAdo noir », septembre 2006, 314 p. – 13,50 €.