Ferdinando Scianna, Autoritratto di un fotografo
Ecrire le mouvement
« Le monde, la vie, les gens me fascinent. Je les photographie pour essayer de les connaître, de me connaître, d’exprimer les pensées, les sentiments, les émotions qu’ils suscitent en moi. Pour garder une trace. Pour moi, la photographie est une histoire et une mémoire. », écrit Ferdinando Scianna. Et cette phrase précise cet « Autoportrait d’un photographe » dont la page de garde représente la toile de fond de ce théâtre de la vie : une maison avec vue et escalier extérieur, une femme âgée penchée et un enfant à peine déplacé au premier plan.
Scianna est un photographe à forte vocation théâtrale : il est attiré par les scènes, qu’il photographie presque toujours de face, comme s’il y avait une toile de fond en arrière-plan, l’élément scénique qui définit l’espace où ses sujets se déplacent. Ses portraits capturent l’aspect masque que chacun d’entre nous possède. Mais ce n’est pas tant la vérité de la personne que dépeint le créateur que son apparence dans le jeu quotidien qu’il nous est donné de jouer.
Ce sens de la théâtralité découle naturellement de son appartenance à une culture qui trouve son origine dans le théâtre grec, dans la considération de l’apparence comme la forme même de l’être, une vérité matérialiste, comme Sciascia l’avait parfaitement compris en présentant les photographies de l’artiste dans son livre fondateur qu’est Fêtes religieuses en Sicile.
La théâtralité est aussi le ton avec lequel l’auteur de cet Autoportrait parle de lui-même parce qu’au départ, le photographe sicilien est un journaliste qui accompagne les photos de ses mots : il écrit des articles sur Paris. Il a également réalisé des entretiens mémorables avec Barthes, Foucault, Kundera et bien d’autres. Et il les représente. Ce sont aussi des masques, des masques merveilleux, à tel point que pour certains, par exemple Barthes, son cliché est devenu une sorte d’icône.
Le Sicilien de la ville de Bagheria a raconté son histoire à plusieurs reprises. Il a même appris à écrire en français pour exprimer le photographe et son double. Narrateur à l’écrit et l’oral, sa voix est fascinante et tonale, affirmée et séduisante. Et si le journaliste n’est pas encore écrivain, il est sur le point de le devenir. C’est déjà le cas. Les livres sont la passion de Ferdinando Scianna, comme il le raconte dans cet ouvrage qui est le registre de ses livres passés et, à la fin aussi, de ses livres futurs. Car, en fermant le volume, il ne peut s’empêcher d’énumérer ceux qu’il aimerait écrire, ou qu’il a déjà écrits mais pas encore imprimés.
jean-paul gavard-perret
Ferdinando Scianna, Autoritratto di un fotografo, edizioni Bruno Mondadori, Contrasto, 205 p. – 23,00 €.