Faust (Goethe / Valentine Losseau & Raphaël Navarro)
Une savante alchimie de tensions
Au cours de la première scène, deux hommes accomplis s’adressent l’un à l’autre de façon entendue ; il s’agit des deux puissances supraterrestres. Dissertant sur l’humain, elles scellent un pacte métaphysique qui rend possible la pièce, laquelle orchestre le jeu du malin avec une âme avide de découverte. Faust décide de recourir à la magie par déception à l’endroit de toutes les disciplines qu’il a pratiquées.
L’entrée de la salle est ensuite forcée par un trublion, qu’on découvre être le directeur du théâtre. Par inversion, le prologue dans le ciel précède le prologue sur le théâtre, transformé en monologue. Le propos perd de son épaisseur, parce qu’il prend pour seule adresse le spectateur ; il a alors un tour un peu bavard et futile. C’est dans ce discours maladroit, pêchant par des développements volubiles, que le reste de l’adaptation de la pièce cherche à puiser sa veine décalée.
Faust, après avoir bu le breuvage de jouvence, se prend au jeu de devenir le maître des choses et des êtres. Les saynètes sont présentées avec aisance, vivacité, voire cocasserie. Les choix de mise en scène apportent au texte original une épaisseur inédite. Le texte apparaît plus audible dans la légèreté de la comédie. Certes, ces choix risquent à tout moment de tourner le propos en farce. Heureusement, il n’en est rien et la deuxième partie est plus consistante ; elle alterne répliques légères et remarques d’intonation métaphysique. La qualité du spectacle tient à la diversité de ses procédés – moyens vidéo, magie et ombres portées, qui donnent une allure mystérieuse et ludique à une tragédie lourde de transcendance.
L’ensemble trouve son équilibre à terme, où les pesanteurs de la condamnation sciemment suggérées plutôt que montrées obligent les spectateurs à demeurer vigilants pour ne pas perdre le fil tragique du propos. D’où le regret qu’on pourrait avoir d’imaginer que certains passent à côté de ce parti-pris subtil et ne retiennent de cette version que son allégresse aux dépens de sa savante alchimie de tensions.
christophe giolito & manon pouliot
Faust, de Goethe
Adaptation, magie et mise en scène : Valentine Losseau et Raphaël Navarro
© Vincent Pontet
Traduction : Gérard de Nerval
Scénographie : Éric Ruf et Vincent Wüthrich
Avec Véronique Vella, Laurent Natrella, Loïc Corbery, Christian Hecq, Elliot Jenicot, Benjamin Lavernhe, Anna Cervinka, Yoann Gasiorowski, Marco Bataille-Testu (en alternance), Thierry Desvignes, Émilie Rault.
Costumes : Siegrid Petit-Imbert
Lumières : Elsa Revol
Vidéo : Claudio Cavallari et Franck Lacourt
Son : Dominique Bataille
Marionnettes des diablotins : Johanna Ehlert et Samuel Lepetit
Ombres : Philippe Beau
Assistanat à la mise en scène : Émilie Rault
Assistanat à la scénographie : Zoé Pautet, scénographe de l’académie de la Comédie-Française
A la Comédie française, Théâtre du Vieux Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris 75006 Location 01 44 39 87 00/01 https://www.comedie-francaise.fr/fr/comment-reserver
Du 24 mars au 6 mai 2018, du mardi au samedi, les mardis à 19h, les dimanches à 15h, les autres jours à 20h30, durée 2h45 avec entracte.
Remerciements à Arthur Chavaudret, Clément Debailleul, Yann Frisch, Olivier Poujol, au Laboratoire d’expérimentation magique du CNAC, à Amadeus et au chien Charlie.
En coproduction avec la Compagnie 14:20
Valentine Losseau et Raphaël Navarro tiennent à remercier, à titre posthume, pour leur inspiration magique Rameses, Harry Blackstone, John Henry Pepper et Henry Dircks.
Directeur technique de la magie : Vincent Wüthrich
Coordination des effets magiques : Marco Bataille-Testu
Réalisation des masques : Carole Allemand
Construction du décor : Espace et Cie