Etienne Ruhaud, Animaux

Etienne Ruhaud, Animaux

Monstres vont

Le bestiaire que propose Ruhaud n’a rien de zoologique. Mais l’auteur ne se contente pas d’exhiber des créatures étranges, son écriture les majore en une sorte de poétique de l’anamorphose scrofuleuse.

Krugs, Krapts, Kats, Kabutos – et ce ne sont pas les seuls – deviennent les médiums que l’écriture elle-même hallucine comme elle donne aux cèpes une dimension gigantesque de « vastes galettes spongieuses » de plusieurs mètres de circonférence. Il y a là de quoi mettre la pétoche à ceux qui vivent près de tels monstres comme à ceux qui les découvrent ici.
Certains pourtant arrivent à s’amuser des « diques »  : « grandes huîtres de vase extraplates, impeccablement rondes ». Ils les placent – après avoir peint leur coquille –  sur un pick-up où elles produisent des grondements sourds.

Tout finit – forcément – avec le bal de vampires, eux-aussi d’envergure démesurée. Si bien que tout est fait pour acérer nos cauchemars même si les indigènes mangent la chair de ces monstres car elle a le goût subtile de faisans rôtis à la broche et que leurs crocs peuvent servir de flèches ou de cure-dents.
N’étant plus de mauvais ou de bons sauvages, ils ne nous reste qu’à nous perdre dans une telle ménagerie de verres grossissants.
D’autant que la connais­sance du pire qui accom­pagne une telle vision (infor­mée ou déformée) ne se prive pas d’une cer­taine allé­gresse.

L’écriture s’inscrit dans un cou­rant tra­gi­co-jubi­la­toire où le savoir du monde semble venir de l’immonde en phases d’excès mais qui ne répu­dient pas à don­ner du sens.
Existe la parfaite inadéquation entre la faune et la flore – telles que nous les voyons ou les imaginons – et le dévoilement que Ruhaud propose en son  plai­sir de tirer la langue à la dévo­tion portée à ce que nous connaissons.

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jean-paul gavard-perret

Etienne Ruhaud, Animaux, Editions Unicité, Saint-Chéron, 2020, 50 p. – 12,00 €.

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