Estelle Cantala, Aux vents d’Hiver suivi de Au tour d’un Thé
Les temps suspendus
Par la précision du verbe et la concision des textes, Estelle Cantala retrouve non pas forcément ce qu’on attend mais ce qu’elle transforme : même autour d’un thé « noir satin (…) / reflet d’un temps / qui se fige / se mue ». Il ne s’agit pas de taches pour autant et quand l’hiver avec ses vents arrive, au milieu des herbes dans une clairière ou ailleurs, la terre concentre tout, la saison donne consistance aux racines.
Chaque vers possède son ombre ou est possédé par elle. On peut la toucher comme on touche celle de ce qui se passe. Mais, sauf Estelle Cantala, nul ne peut la dire. Existe dans cet ensemble un jeu de lumière et d’ombre. Espérer voir dedans. Ou à travers voire à défaut : bref, tenir encore, tenir. Avec le temps, tout devient après tout couleurs. Le noir parfois et parfois le gel qui devient blancheur. Et les paysages tels des gisantes s’étendent, pâlissent.
Mais la voix de l’auteure s’en empare et devient la garante de ce qui ne peut se dire. Elle fait chauffer l’hiver et le café. Lui-même devient « brûlant / Caramel » avec un « goût d’envol au creux : de nos yeux d’opale » entre l’immédiat et l’infini, ils tentent de voir ce qui est enfermé dans le ventre. C’est un exercice de beauté et par ces moments choisis existe le miroir du destin et ce qu’il y a au fond.
jean-paul gavard-perret
Estelle Cantala, Aux vents d’Hiver suivi de Au tour d’un Thé, Editions Encres Vives, coll. Encres blanches, Frontignan, 2025, 32 p. – 6,60 €.