Antoine Tracqui, Philippe Vandaële & Zivorad Radivojevic, Autopsie – t.03 – « Retour à Innawanga »
Par 50° à l’ombre, un piège mortel
Le médecin-légiste Amanda Munumgurr, d’origine aborigène, arrive au complexe portuaire de Karratha pour autopsier un cadavre. Dans cette région reculée d’Australie, où œuvre une maigre population, elle n’a pas beaucoup de travail. C’est parce qu’elle est une aborigène qu’elle est dans ce coin déshérité depuis six mois, en sortant de sa formation.
Elle a fait une demande de mutation que son directeur va transmettre, mais à son avis, en pure perte. En attendant, il a un truc pas banal à lui proposer. C’est un jeune garçon canadien qui, surfant sur Google Earth, est tombé sur un corps humain au beau milieu de nulle part, sur ce qui semble une piste d’atterrissage.
Elle accepte, mais si Amanda avait su où elle mettait les pieds…
Après Stockholm et Chicago, le scénariste retient l’Australie-Occidentale comme décor pour sa troisième intrigue. Il installe cette fois, une jeune femme tout juste sortie de formation dans un cadre désertique, éloigné de tout. Elle est compétente, troisième de sa promotion au campus médico-légal d’Australie. Mais elle est aborigène et se voit donc, sous un prétexte fallacieux, obligé d’accepter un poste à Karratha, en bordure de zones désertiques, alors qu’elle souhaitait Sydney. Dans un Etat aussi raciste, il ne pouvait en être autrement. L’auteur fait relater par son héroïne que les choses vont un peu mieux, mais qu’il y a soixante ans les Abos étaient autopsiés par les vétérinaires.
Outre la description de cet état de fait, l’auteur installe une intrigue retorse autour de la guerre entre mafias pour le contrôle de l’écoulement des drogues avec un magnifique coup de théâtre. Il installe un cadre attractif, idéal pour le récit qu’il souhaite développer.
Le graphisme se partage entre trois créateurs, deux dessinateurs, Philippe Vandaële et Zivorad Radivojevic et un coloriste Antonio Giustoliano. Le dessin est résolument réaliste, montrant, entre autres, des scènes d’autopsie toutefois moins détaillées que dans les précédents albums. Les personnages sont bien identifiables et les décors présentent une belle matérialité. Une mise en page attractive offre une lecture agréable.
Ce troisième et, semble-t-il, dernier tome de la série est très plaisant à découvrir pour le cadre, l’héroïne attachante à souhait et une mise en images fort réussie.
serge perraud
Antoine Tracqui (scénario), Philippe Vandaële & Zivorad Radivojevic (dessin), Antonio Giustoliano (couleurs), Autopsie – t.03 – Retour à Innawanga, Éditions Oxymore, coll. Thriller, juin 2025, 56 p. – 16,50 €.