Éric Fottorino, Baisers de cinéma
Une naissance énigmatique, une mère inconnue – et voilà Gilles Hector lancé dans une quête qui le plonge au coeur des classiques du cinéma français
Qui n’a jamais rêvé devant un bon film de la Nouvelle Vague comme Jules et Jim, par exemple ? Qui n’a jamais rêvé d’embrasser Jeanne Moreau, Françoise Dorléac, Marthe Keller ou encore Anna Karina ? Ce fantasme, qui semble inaccessible à la plupart d’entre nous, ne cesse de hanter Gilles Hector, fils d’un photographe de cinéma qui a travaillé avec les plus grands – Truffaut, Renoir, Chabrol… – et d’une actrice, starlette ou star en devenir, mais dont il ignore tout jusqu’au nom.
Élevé par son père qui lui a laissé comme seul héritage une somme de mystères et une révélation – il doit sa naissance à un baiser de cinéma – Gilles aime à s’enfermer chaque midi dans la salle obscure d’un petit cinéma de quartier qui diffuse les classiques de la grande époque du cinéma français. Mais là où le spectateur lambda se contente d’apprécier la mise en scène, le scénario et le jeu d’acteurs, Gilles, lui, regarde avec attention chaque héroïne, chaque trait de visage, le moindre détail qui pourrait lui faire penser qu’il s’agit de sa propre mère. C’est d’ailleurs au cours d’une de ces séances qu’il rencontre une femme troublante, Mayliss, avec laquelle il vivra une passion torride, « intoxiqué » par son magnétisme.
Le sens caché de ma vie aura été de fuir un père présent et de chercher sans fin une mère disparue. C’est par cette citation d’Olivier Adam que Gilles Hector définit lui-même son existence- une citation qui correspond bien à l’atmosphère de ce roman. Mystères, quête éperdue, passion, destruction, reconstruction, oppression, espoir… Tout se mêle et se suit, se perd dans ces lignes que l’on dirait traitées comme une image cinématographique d’autrefois, en noir et blanc, tout en contrates et clairs-obscurs – à la manière d’un photographe de cinéma.
Outre l’histoire d’un être à la fois en quête de vérité et tourmenté par une passion dévorante, l’attrait principal de ce roman est de proposer un véritable voyage au cœur de l’âge d’or du cinéma français ; l’on y plonge avec délectation dans Les 400 coups de Truffaut ou Les Amants de Louis Malle. On lit alors le récit comme si le père d’Hector était aux commandes pour, selon les besoins du scénario, illuminer une scène de façon à mettre en avant la beauté intérieure d’un personnage ou au contraire obscurcir l’ambiance afin de la rendre plus feutrée, plus mystérieuse.
À travers ce récit, dont la fin achève d’installer le mystère qui le baigne tout au long, le lecteur découvre, aussi, un métier d’artiste essentiel à l’élaboration d’un film et dont dépendent souvent les succès comme les échecs. Jean Hector personnalise ici tous ces magiciens qui aiment travailler dans l’ombre, eux-mêmes acteurs indispensables au Septième art et qui illuminent non seulement l’écran, mais dans ce cas précis, tout un roman.
Certains pourront être déçus par la fin quelque peu bancale, ou l’histoire d’amour trop vite expédiée aux oubliettes. En revanche, personne n’échappera à l’envie irrépréssible de se précipiter vers la salle d’art et d’essai le plus proche pour revoir ces chefs-d’œuvre qui ont fait le cinéma français.
v. cherrier
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Éric Fottorino, Baisers de cinéma, Gallimard coll. « Blanche », Août 2007, 192 p. – 14,50 €. |
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