Entretien avec François Miville-Deschênes (Millénaire)
Le dessinateur de Millénaire nous en dit plus sur la série, avec force détails et un humour des plus agréables
Il y a peu nous invitions ceux qui ne la connaissaient pas encore à découvrir la série Millénaire*. À la suite de quoi son dessinateur, François Miville-Deschênes, a eu l’extrême gentillesse de nous envoyer quelques messages. Un échange de courriels s’en est suivi et cela a abouti à cette longue e-terview qui, assurément, lui a demandé beaucoup de ce temps dont on ne dira jamais assez combien il est précieux – surtout pour les créateurs qui ont charge de famille… Qu’il soit donc remercié du fond du cœur pour ces propos riches et pleins d’humour, ainsi que pour les images inédites qui illustrent ces pages, dont il nous a accordé la primeur.
Peut-être vous étonnerez-vous de ne trouver ici aucune question touchant à la la genèse de la série, à sa « petite histoire éditoriale », ou encore au parcours artistique de son dessinateur… Il faut dire que François Miville-Deschênes dispose d’un site très complet – et très attrayant – où tout cela est raconté par le menu. Nous avons donc évité de l’obliger à se répéter, pensant que de toute façon il serait beaucoup plus intéressant pour vous de puiser ces informations en visitant ce site : vous découvrirez ainsi, entre autres, d’autres facettes de son talent et une très belle présentation de Millénaire par son scénariste Richard.D. Nolane. Et si, avant de vous ruer sur ce petit coin de Toile, vous consentez à faire un détour par cette page-là, vous verrez que la créativité, chez les Miville-Deschênes, est une affaire de famille…
Qui est Olivier Raynaud, dont le nom est cité à propos du premier tome – mais n’apparaît pas sur la couverture de l’album ? Le tome 1 a-t-il été scénarisé par lui ou par Richard Nolane ?
François Miville-Deschênes :
Richard D. Nolane est un auteur aussi étrange que certains des personnages qu’il imagine. Il est convaincu d’être doué du don d’ubiquité, mais en réalité, il souffre hélas d’un trouble mental de personnalité multiple. Ce triste état l’amène parfois à signer Richard D. Nolane, Olivier Raynaud, Jeffrey Lord ou Don A. Seabury.
Trêve de plaisanterie ; je n’en dis pas plus, sinon il va me punir en m’infligeant un tome 5 constitué uniquement de planches de plus de douze cases ! En fait, comme mon collaborateur mène en parallèle à la bande dessinée une prolifique carrière d’écrivain, il lui est fréquemment arrivé d’user de pseudonymes. Sans doute au début de la série y a-t-il eu confusion chez l’Éditeur quant au choix du nom à inscrire. Lequel est son nom véritable ? Je vais laisser planer le mystère, il préférerait…
La série est-elle prévue en un nombre prédéfini d’albums (si oui, combien ?) ou bien son déroulement tient-il uniquement au fil de vos inspirations, à Richard Nolane et à vous-même ?
Il n’y a pas de limite connue, sauf celle de l’imagination de Richard. Bien entendu, si le succès, d’un point de vue commercial, n’est pas suffisamment convaincant, l’Éditeur nous le fera clairement comprendre, aucun doute de ce côté-là. Heureusement, c’est le contraire qui se produit pour le moment, Millénaire semble bien avoir trouvé son public. De toute façon, il reste peu de temps avant l’an Mil (et l’Apocalypse) dans le récit, on ne peut donc pas étirer la chose indéfiniment. Richard m’a déjà confié qu’il voyait bien dix albums pour clore le cycle. Je pense que huit serait bien aussi, à moins que mon scénariste ait réellement besoin de temps et de planches pour finir d’échafauder les entrelacs monumentaux de ce monstrueux complot dont Raedwald n’entrevoit pour l‘instant que l’ombre du pan qu’il vient à peine de soulever. L’avenir le dira.
Avez-vous eu besoin de longues études, de longues recherches préalables pour préparer votre dessin et l’adapter à l’époque où se situe Millénaire ?
Ayant été illustrateur scientifique et historique durant de nombreuses années avant de me consacrer à la bande dessinée, j’avais déjà à ma disposition une bibliothèque fort bien garnie. Néanmoins, la nature périssable des matériaux constituant la plupart des édifices en l’an Mil rendait périlleuse la conservation des manuscrits et autres sources appréciables d’information. La dissémination des monastères, lieux par excellence de savoir et de préservation du patrimoine écrit, ne connaissait pas encore l’essor qui viendrait deux ou trois cents ans plus tard ; il est donc très ardu de trouver de riches sources iconographiques. Cela ne me rebute pas de devoir me livrer à certaines recherches, puisque j’y découvre toujours quelque chose qui m’était inconnu. Par exemple, dans le quatrième tome, nos héros se trouvent à Paris et je me suis livré à quelques explorations dans les musées de la ville afin d’en savoir plus sur l’aspect de la cité à l’époque. Eh bien, même au Musée du Moyen Âge et au Musée de Cluny il n’y avait rien concernant l’an Mil ! Je reconnais avoir été un peu déçu, quand même. C’est finalement dans les livres spécialisés glanés en bouquineries que j’ai vraiment trouvé ce qu’il me fallait, souvent sous forme textuelle. Il faut ensuite faire intervenir un peu l’imagination en se fiant parfois à des descriptions plus tardives. Oui, on triche un tantinet, mais comme les choses ne changeaient pas très rapidement en ces âges farouches, on peut se permettre d’improviser un brin. Quel lecteur pourra me reprocher d’être inexact parce que la dernière planche supérieure de la quille d’un knorr n’était pas clouée de cette façon, mais plutôt chevillée de biais ? Hein ? Je vous le demande.
Pour les créatures mythiques – goules et trolls, les sylphes n’étant pas encore apparus – comment les avez-vous créées ? De quelle documentation êtes-vous parti ?
Pour la goule du tome 1, je me suis basé sur la description qu’en faisait Richard dans son découpage : une espèce d’amalgame de gorille, d’ours et de loup-garou. Curieusement, le côté porcin de la chose n’est apparu qu’au crayonné final, spontanément, sur la planche. L’aspect « sanglier » constitue une caractéristique physique quelque peu paradoxale, puisque la créature est originaire d’Orient, là où le porc, animal honni, est considéré comme étant particulièrement impur. Mais en y songeant, je me dis qu’après tout, il est normal que le cochon ait été vilipendé en ces pays, si son aspect rappelle tant celui de ces monstres nés dans le grésillement des sables brûlants du Levant.
En ce qui concerne les trolls, leur aspect n’a été le fruit d’aucune recherche particulière et leur origine est assez prosaïque : ils sont issus des griffonnages de réchauffement que j’effectue le matin avant
d’entamer ma journée à la table à dessin. Cet exercice n’est pas toujours indispensable, mais lorsqu’il me faut me mettre au boulot après avoir bravé nos conditions climatiques hivernales impitoyables, il peut s’avérer nécessaire d’assouplir et réchauffer les doigts refroidis. Des personnages prennent parfois naissance de la même façon ; j’ai des pages et des pages de gribouillages qui connaîtront peut-être un jour la joie de se voir attribuer un rôle plus noble…
Faites-vous des propositions de modifications du scénario à Richard Nolane avant de dessiner – par exemple, y a-t-il des personnages qu’il a introduits dans l’histoire suite à vos suggestions ?
Ma première remarque – teintée de déception, je l’avoue – après avoir lu le synopsis du premier tome de la série (« Les Chiens de Dieu ») fut « Il n’y a pas de femme, là-dedans !? »
Bon, je reconnais que le contexte ne s’y prêtait pas et je n’aurais pas voulu d’un personnage féminin affublé d’un rôle de potiche simplement pour pouvoir satisfaire mon besoin d’exalter graphiquement les charmes du beau sexe. Suite à mon commentaire (marqué d’un dépit bien compréhensible, je le rappelle), Richard créa Rowena et je lui donnai rapidement sa (et ses) forme(s) définitive(s) en quelques études. Ébauches qui s’avérèrent suffisamment convaincantes pour que l’Éditeur intime au scénariste l’ordre de ne point faire disparaître cette sympathique fille de la mer ! Jusqu’à quel tome suivra-t-elle les traces de nos vaillants héros ? Survivra-t-elle à ce monde sans merci ? Patience, chère lectrice et lecteurs assidus ; la suite ne sera pas triste !…
Les modifications que je suggère à Richard touchent souvent plus particulièrement l’environnement où se déroulent certaines séquences ; je lui demande quelquefois de changer ce qu’il avait prévu simplement pour que j’aie le plaisir de dessiner autre chose. Une scène qui se déroulait à l’origine à l’intérieur peut fort bien se passer à l’extérieur, en place de marché par exemple, sans que l’histoire en pâtisse.
Avant même que Richard n’ait couché sur papier (expression un peu boiteuse, j’en conviens, puisqu’il travaille à l’ordinateur) le synopsis d’un nouvel épisode, je lui soumets une liste de situations, de lieux, de personnages… etc., qui seraient susceptibles de me procurer quelques bons moments de dessin. Il est libre ensuite d’y puiser ce qui est adaptable à son futur récit.
Le scénariste vous fournit-il des indications extrêmement précises, pour l’aspect des personnages, ou bien avez-vous une marge de créativité assez importante ?
Nous travaillons en respectant une espèce d’accord tacite qui fait de Richard le « spécialiste du texte » et de moi celui de « l’image » ; à chacun son métier et les vaches seront bien gardées ! Il n’empêche que Richard suggère parfois des angles de vue particuliers, mais s’ils ne se prêtent pas au découpage en raison des cases précédentes ou des suivantes, je choisis autre chose que ce qu’il proposait. Le dynamisme ou l’effet dramatique peut parfois trouver avantage à être présenté différemment de ce qu’il avait imaginé, je ne me gêne donc pas pour procéder de la manière que je juge la plus efficace et qui favorisera au maximum la lisibilité de l’histoire. Richard se limite habituellement au texte des dialogues sans indication concernant les angles de vue ; ce serait une perte de temps pour lui, puisque je n’en fais finalement qu’à ma tête… S’il donne des précisions, c’est à propos des actes posés dans telle ou telle autre case par les protagonistes ou en ce qui concerne un détail important pour la compréhension du récit.
Là où je donne libre cours à l’improvisation, c’est dans les arrière-plans. Quoi de plus amusant, en marge de l’action principale, que de laisser se dérouler une autre action sans réelle importance et que seuls les lecteurs plus attentifs repéreront ? Dans le second tome, par exemple, en page 41, cases 3 et 4, Arnulf ne peut résister à l’appel d’un jambon aperçu au crochet d’un boucher. Ou encore à la page 15 du troisième tome, en case 4, Godfred tend à Arnulf une tasse d’hydromel ; or voilà qu’en case 7, ce grand buveur a préféré opter pour le pot complet, plus adapté à sa soif gigantesque. Enfin, c’est dans ces petits détails – qui font le dessin plein de vie – que je m’amuse !
Les personnages, sauf exception comme Rowena, ne sont pas proposés à Richard ou au directeur de collection des Humanos sous forme d’études pour la simple et bonne raison que je n’en fais pas. Il n’est pas impossible qu’ils soient parfois issus des dessins de réchauffement dont je parlais plus haut. Ce n’est pas de la mauvaise volonté ou de la paresse qui motive ce choix, c’est simplement qu’il m’est important de conserver dans mon travail un soupçon d’imprévu, de risque et de spontanéité, sans lesquels la monotonie d’une mécanique routinière trop bien huilée finirait par me lasser. Les acteurs prennent donc forme sur la planche finale tels que je les ai imaginés lors de ma première lecture du synopsis.
Comment travaillez-vous avec le scénariste ? La collaboration à distance n’est-elle pas trop contraignante ?
Nulle contrainte et cela même si Richard habite à environ mille kilomètres de chez moi (il réside à Montréal depuis quelques années). Pour être plus précis, nous ne nous parlons jamais de vive voix, sauf lors des salons et festivals ; tous nos échanges se font par le truchement d’internet. Je lis d’abord son synopsis, lui indique mes préférences et suggestions, il rédige ensuite son découpage textuel, puis je lui envoie mes ébauches de découpage graphique avant chaque page. Cette dernière étape tient davantage du respect d’un accord conclu au début de notre collaboration, car il ne me demande jamais de modifier quoi que ce soit. Force m’est d’admettre que cela lui serait difficile, vu le traitement extrêmement sommaire des esquisses que je lui soumets…
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L’haleine du diable m’a-t-elle troublé la vue ou bien y a-t-il un air de ressemblance entre vous et Raedwald ?
François Miville-Deschênes :
Vous ne vous trompez pas : Millénaire produit ce trouble visuel à nombre de ses lecteurs et tout particulièrement à ses lectrices, mais l’effet s’estompe généralement quelques heures après la lecture d’un tome. Évidemment, il y aurait crainte de cécité pour l’audacieux (ou l’audacieuse, je pense savoir que ce fut presque votre cas) dont les yeux encaisseraient la lecture en rafale des trois tomes.
Blague à part, ce ne serait pas vraiment surprenant et les cas de héros dont les traits rappelaient ceux de leur créateur (graphique) ne sont pas rares. En tout cas, ce n’est pas volontaire, mais comme nous sommes souvent notre propre et unique modèle, il est normal que cela se reflète dans nos personnages. Et parlant de reflet, comme beaucoup de dessinateurs, j’ai un miroir dans mon atelier qui m’est bien utile pour étudier les expressions, les mimiques, les attitudes, afin d’arriver à ce que le jeu de mes acteurs soit le plus juste. Je tire bien du plaisir à tenter de mettre le doigt sur ce qui rendra tel ou tel autre personnage crédible selon le message qui doit être communiqué dans chaque case. La bande dessinée réaliste a ceci d’exigeant que nous ne disposons que d’une case pour faire passer une émotion. Contrairement à la bande dessinée humoristique ou semi-réaliste où les traits et les expressions peuvent être exagérés, ou au cinéma qui bénéficie du mouvement infini des muscles du visage. Pour être franc, du fait de l’immobilité du médium, il faut parfois faire sciemment « surjouer » nos personnages pour arriver au résultat recherché.
Bref, en véritable professionnel, je m’investis vraiment dans mon œuvre et il m’arrive de craindre de faire de la projection ; je m’identifie réellement à mon personnage (curieusement, c’est le héros qui est l’objet de mon choix), mais l’épée commence à devenir vraiment encombrante pour dessiner. Je me console en me disant que c’eût été bien pire si j’avais jeté mon dévolu sur Rowena…
En regardant sur votre site les diverses propositions de colorisation que vous avez soumises au coloriste, on s’aperçoit que vos teintes sont beaucoup plus éclatantes, plus brillantes que celles des albums. Comment avez-vous travaillé avec le coloriste ?
Autant le préciser d’entrée de jeu : si cela m’était possible, je ferais ma coloration moi-même ! Non pas que je sois totalement insatisfait du travail de mon actuel coloriste, qui est un garçon fort doué, mais simplement parce qu’il lui est impossible de le faire comme je le ferais. Avec la famille qui s’agrandit ces derniers temps, je n’ai pas de temps à consacrer à l’entièreté du processus, mais je le guide aussi efficacement que cela m’est possible pour arriver à un résultat qui ne soit pas trop éloigné de ce que je souhaiterais. Le coloriste est un Mexicain et nous communiquons en anglais ; il habite dans le nord du Mexique et comme avec mon scénariste, les échanges ne se font que par internet. Je lui envoie des exemples que je réalise moi-même, à la main, sur des photocopies et il me retourne les planches que je contrôle à l’écran. Le malheureux n’a hélas encore jamais goûté à une approbation dès le premier envoi : il y a toujours quelque chose à corriger ! Mais ce sympathique fils de cactus n’est jamais piqué au vif et remet l’ouvrage sur le métier sans rechigner (du moins dans les messages que je reçois).
La différence que vous mentionnez, entre les exemples que je propose et le résultat final, tient surtout au fait qu’il s’agit de techniques différentes et aussi que les couleurs à l’écran – qui est lumineux – sortent toujours plus foncées des presses de l’imprimerie. Les exemples-guides que je lui fournis sont réalisés à l’aquarelle, au crayon de couleur, au feutre ou avec des encres de couleur, sans doute est-ce là l’explication de cet effet plus lumineux que vous notiez. La technique, l’application de la couleur et la façon de rendre graphiquement certains effets de lumière sont peut-être aussi en cause.
Ce travail sur Millénaire vous a-t-il amené à renoncer totalement à votre activité d’illustrateur ?
Pas totalement, mais presque. Comme je le mentionnais précédemment, j’essaie de répartir mon temps entre la bande dessinée (le travail qui n’en est pas vraiment un, mais en tient lieu) et la famille. S’il m’arrive d’accepter quelque contrat, il faut vraiment que ce soit parce que j’en ai grande envie, que le sujet m’attire et que j’ai le goût de changer un peu d’horizon. Je crains de m’encrasser à ne travailler qu’à la plume, au pinceau et à l’encre de Chine ; il me faut varier les plaisirs à l’occasion. Par exemple, je réponds encore favorablement aux commandes qui touchent l’illustration scientifique ; des musées me demandent de temps à autre des reconstitutions animales ou environnementales préhistoriques et je ne vois pas comment je pourrais refuser ce genre de commandes.
Êtes-vous tenté par l’écriture de vos propres scénarios ? et si oui, quel est l’univers qui vous attire le plus ?
D’abord, oui. Ma collaboration avec les Humanos est d’ailleurs liée à la proposition d’un premier projet envoyé à la plupart des éditeurs. Les trente-cinq premières planches étaient déjà découpées, texte et image. Il se serait agi d’une série de cinq tomes dont l’action se déroule en Nouvelle-France, mêlant Histoire, aventure et fantastique. En voici le résumé très élagué :
En cette fin d’été 1659, la Nouvelle-France frémit sous la menace des bandes iroquoises menées par une redoutable créature d’essence démoniaque surnommée « la Jongleuse ». Chargé par l’évêque François de Laval d’éliminer cet être issu des enfers, le père Damien Sarrac de Clergégu risquera dans l’entreprise bien davantage que sa vie ! Parallèlement, Anne Aubert de la Daguenaudière, fraîchement débarquée, fera enfin la connaissance de son père, disparu quinze ans plus tôt en les abandonnant, elle et sa mère, pour le lucratif commerce des fourrures. Dans ce Nouveau monde, qui est surtout viril, les nouvelles arrivées ne passent guère inaperçues et Anne attirera rapidement l’attention de « l’Engagé », un garçon dont la famille fut massacrée par les Iroquois quelques années auparavant. L’Engagé n’est pas le seul, cependant, à avoir repéré la belle… Je n’en dirai pas plus, inutile d’épuiser mes munitions avant l’heure !

L’inspiration à la base de l’histoire est une légende du fleuve Saint-Laurent où apparaît la « Jongleuse », créature mystérieuse appelée aussi « La Dame aux Glaïeuls » ou encore « La Dame Blanche ». Bien que certains éditeurs aient démontré – trop tard – un intérêt certain pour le projet, cette entreprise ambitieuse a été mise de côté pour le moment, au grand bénéfice de Millénaire. Il faut savoir que les Humanos furent les plus rapides à répondre et que je leur ai tout naturellement donné préséance ; quoique le thème plutôt historique ne correspondît pas à leur ligne éditoriale, le dessin les intéressait et ils me proposèrent d’attaquer la première aventure du Saxon. Je préférais me « faire la main », après quinze ans d’illustration, avant de développer un projet personnel qui profitera certainement de l’amélioration de ma technique de narration visuelle.
Question un peu banale pour conclure : quels sont les projets qui sont en voie de concrétisation ? Et quels sont vos pronostics quant à l’avenir de Millénaire ?
Comme je l’indiquais en début d’entrevue, si je me fie à Richard, la « grande histoire », celle qui se prolonge d’album en album, indépendamment des aventures complètes propres à chaque tome, devrait idéalement s’étendre sur dix livres. Les Humanos n’ont pas beaucoup de longues séries à leur actif, il faudra donc voir ce que donnera Millénaire sur le marché encombré de la bande dessinée que nous connaissons aujourd’hui et ce que proposera l’Éditeur.
De mon côté, je travaille à un autre projet qui mijote doucettement et qui pourrait éventuellement aboutir sur le bureau des directeurs littéraires : une histoire de pirates. Ah, oui, bien sûr, il y en a tant eu, mais j’aimerais tenter d’aborder le thème sous un angle un peu différent, en utilisant les clichés les plus communs, en les exagérant ou en les supprimant simplement. Imaginez une histoire de pirates sans trésor, sans perroquet sur l’épaule, sans tropiques et sans… bateau. Je n’en suis pour l’instant qu’à la rédaction d’un long synopsis et à noter les idées variées qui viennent encore modifier ma trajectoire initiale. Peut-être m’y consacrerai-je après le cinquième tome de Millénaire, à la condition que la vie familiale et tout ce qu’elle implique me le permette. Sinon, ce sera pour plus tard ; rien ne me presse vraiment et je me plais bien à donner vie à Arnulf et ses contemporains.
J’ai aussi sur le feu (un feu doux, là aussi) un projet de très longue haleine qui est l’illustration du roman La Guerre du Feu. Il ne s’agit pas de bande dessinée, toutefois, mais d’illustration et il est possible de voir quelques images liées à ce travail sur mon site. Si Dieu existe et qu’il daigne me prêter vie, je le présenterai peut-être également à un éditeur un jour lointain.

Envisagez-vous de venir en France pour la promotion de Millénaire ?
J’étais à Angoulême pour les deux premiers tomes, mais j’ai pris congé cette année. Ces festivals sont tout ce qu’il y a d’épuisant : le décalage horaire vous assomme, on y mange et boit sans arrêt et les cris des admiratrices en délire finit par rendre les séances de dédicace un peu fatigantes. Et là, je ne parle pas des sous-vêtements lancés par la meute hurlante et qui nuisent grandement à l’opération, déconcentrant les auteurs. Je me souviens du cas tragique de cet Italien qui, l’année passée, à son grand dam, a raté une dédicace à cause d’un soutien-gorge en rase-motte qui l’avait perturbé. C’est vous dire que nous sommes véritablement prêts à tous les sacrifices pour notre lectorat. Sans doute retournerai-je malgré tout au front l’an prochain, puisque le tome 4 devrait paraître à l’occasion du festival d’Angoulême.
* – Lire les articles concerannt « Les Chiens de Dieu » (tome 1), « Le Squelette des anges » (tome 2) et « L’Haleine du Diable » (tome 3).
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E-terview menée par isabelle roche le 20 février 2006. |
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