Émilien Chesnot, in/carne

Émilien Chesnot, in/carne

Refends

Emilien Chesnot crée par ses poèmes une alchimie d’images aussi primitives que nouvelles.
Elles réveillent des ardeurs natives et appellent au sérieux comme à la déraison en déliant des chaînes à l’instant de l’union texte et image.

Rien de plus souple donc. C’est comme lorsque la nuit ne s’étonne pas du volet que les amants tirent pour se cacher.
Elle joue le jeu, accepte de dénuder leur passé près de la harpe des mélèzes où cassent les nuages.

Les premiers poèmes décrivent quatre images d’une origine trouble, mentionnée vaguement comme venues « d’un appareil photo, d’une caméra ou du fond / mobile et jaune de la mémoire. »
Qu’importe donc les supports ou le flacon lorsque la fixité s’ouvre à l’ivresse du mouvement, et inversement.

Soit la mémoire se projette hors du corps, soit les photographies incertaines deviennent ses fragments.
Le tout au sein de doutes de la perception aussi bien sur le lointain d’un ciel banc que la proximité d’un visage.

Peu à peu, les images brûlent leurs ailes, mais de leurs destructions jaillissent des motifs en reprises incessantes afin de plonger dans une introspection : « J’entasse sur ma tête / et ce qui me fonde / et ce qui me fend ».
Manière de retirer  l’enfouie de fente par infusion là où de la vie ne demeure que la résonance d’une émotion, d’une sensation.

La matière s’estompe, les paysages aussi. Ne restent que des touches impressionnistes de bleu, noir, vert, jaune.
Le tout dans une ouverture d’où suinte « l’huile de ma mémoire. » et les odeurs qui y demeurent dans une atavique anarchie.

Le corps navigue entre passé et futur, il affleure dans le paysage, s’y immerge, s’y écrit en un montage de fragments alternés à l’image des blocs peints par Gilles du Bouchet qui font écho aux poèmes dans tout un jeu de refends.
Ils prouvent qu’il est impossible de prendre corps sinon dans  la coupure là où même la dialectique des rêves a du mal à mettre le réel debout.

jean-paul gavard-perret

Émilien Chesnot, in/carne, éditions  Æncrages & Co, collection Ecri(peind)re, 2020, 72 p. – 21,00 €.

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