Elisabeth Morcellet, Bien le temps d’être libre
« Ceci n’est pas un livre mais le billet d’entrée d’une exposition, celle du vivant » écrit Elisabeth Morcellet. Mais ce billet est conséquent.
Et ce pour une raison majeure : le métier de vivre y est exposé au passé et au présent pour qu’un futur déborde même si « la parole s’épuise à trouver un sens sur la course des jours ».
Roman fleuve de l’ère pré-virtuelle, cette fiction scénarise un double de l’auteure et un grand nombre de ses soeurs. Le tout dans un monde où être femme n’est pas une panacée. En conséquence, les héroïnes naviguent à vue dans un labyrinthe de rencontres.
Elles sont encore à l’âge où peut se permettre l’outrecuidance suprême – celle de croire que tout est possible : l’amour et son opposé (l’indépendance), la création même si l’impasse veille à chaque carrefour.
Dans cette fiction se créent des pertes de repères car une telle quête est presque impossible et le réel ambigu. Reste toujours le mystère lorsque la partie semble se défaire. Dès lors, bien des femmes finissent par dormir seules dans leur lit quelles que soient leurs trajectoires.
Mais si elles ont payé de leur personne (c’est le salaire de toute vie), l’existence n’a rien de dérisoire.
Ce roman maelstrom brasse un monde avec une puissance rare et multiforme. Paris reste éveillé dans ses divers quartiers et d’une certaine façon l’écriture transcende l’angoisse de ses personnages. Ils restent sur le qui-vive, toujours prêtes à reprendre l’existence à zéro et qu’importe les noms qu’on leur donne : gamine ou grue.
Là n’est pas la question – sauf pour les imbéciles.
jean-paul gavard-perret
Elisabeth Morcellet, Bien le temps d’être libre, La P’tite Hélène Editions, Apt, 2022, 430 p. – 29,00 €.
