Elena Aga Rossi, Maria Teresa Giusti, Una guerra a parte. I militari italiani nei Balcani, 1940-1945

Elena Aga Rossi, Maria Teresa Giusti, Una guerra a parte. I militari italiani nei Balcani, 1940-1945

Des évènements dramatiques et méconnus

Ce livre traite d’évènements et de personnages totalement inconnus en France. A l’exception des spécialistes et de quelques passionnés d’histoire militaire, on ignore que l’armée italienne joua un rôle important dans les Balkans pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’elle y connut des drames terribles, non sans y avoir commis des exactions souvent cruelles.

En effet, les deux auteurs, historiennes de renom en Italie, s’appuyant sur une bibliographie ample et des sources archivistiques de qualité, retracent l’histoire de ces combattants, officiers supérieurs et simples soldats, depuis l’invasion de l’Albanie en 1940 jusqu’à la fin de la guerre.

Des raisons de l’engagement italien dans les Balkans, il ressort que la responsabilité de Mussolini est écrasante. Cela on le sait. La politique d’occupation brutale que le dictateur et certains généraux (Roatta par exemple pour la Yougoslavie) est bien mise en lumières. Les responsabilités italiennes dans les massacres de civils sont expliquées, mises en perspective, sans que ne soient oubliées les abominations commises par les résistants communistes sur les prisonniers italiens.

La majeure partie de l’ouvrage est consacrée à la catastrophe induite par la signature de l’armistice avec les Anglo-Saxons en septembre 1943. Cette décision, l’absence de directives claires suivie de la fuite du roi et du gouvernement de Rome, laissent tous les officiers de l’armée italienne dans les Balkans seuls face à leurs responsabilités, pour prendre la décision la moins mauvaise possible.

Un chapitre, toujours très dense, traite de la situation pour chacune des armées (Yougoslavie, Grèce, Albanie, îles de la mer Egée). Même si ce choix des auteurs empêche d’avoir une vision globale, il permet de connaître en détails les évènements. Ce qui en ressort, c’est l’extrême hétérogénéité des décisions, des attitudes, des prises de position. Certains choisissent de rejoindre les réseaux de résistances communistes, d’autres optent pour la poursuite du combat avec les Allemands. Beaucoup subissent les foudres de la vengeance de leur ancien allié qui s’est préparé à la défection de l’Italie. Les auteurs donnent beaucoup de détails sur les massacres sans pitié dont les soldats italiens ont été victimes.

On apprend aussi beaucoup sur le sort des prisonniers. Qu’ils soient tombés entre les mains des Allemands ou des résistants, ces soldats d’une guerre perdue connaissent des conditions d’internement très difficiles. Mal nourris, brutalisés, soumis à des travaux forcés, déplacés lors de grandes et terribles marches de la mort, et parfois exécutés froidement, ils incarnent les affres de la sortie de guerre de l’Italie, ennemie devenue cobelligérante, alliée devenue parjure.

Ce livre est une mine d’informations. Il confirme en outre l’absurdité de la démarche manichéenne, même dans l’étude la Seconde Guerre mondiale. L’histoire de ces hommes livrés à eux-mêmes rappelle la difficulté à faire des choix dans une situation tragique dont les contemporains ignorent l’issue. La plupart de ces soldats, en s’engageant aux côtés de la résistance ou des Allemands – si l’on excepte les chemises noires, aux motivations plus idéologiques – ne pensent souvent qu’à rentrer en Italie, à trouver le meilleur moyen de retourner chez eux. Tutti a casa, pour reprendre le titre d’un film célèbre…

f. le moal

   
 

Elena Aga Rossi, Maria Teresa Giusti, Una guerra a parte. I militari italiani nei Balcani, 1940-1945, Bologna, Il Mulino, novembre 2011, 660 p.- 33,00 €

 
   

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