Dominique Beugras, Grains d’Aran
En toute pudeur, très simplement, une femme pose son regard sur trois îles irlandaises
ceci n’est pas la couverture du livre – [NdR]
To see a World in a Grain of Sand proposait William Blake, qui donne son exergue au livre. Une femme et des îles irlandaises : la femme regarde religieusement les îles :
J’observe, de ma forteresse de rochers ce spectacle à la fois touchant et exaspérant.
Très simplement, pudiquement, ne s’interposant pas, Dominique Beugras a posé les yeux sur ces trois îles et fait partager ce regard :
Je trouve un coin commode qui me permet de voir d’assez près, sans être vue.
Voir mais aussi écouter les vagues de l’Atlantique qui viennent rouler sur les plages. Tous les sens sont requis. L’île mais aussi sa faune, ses habitants, le pub, dont l’auteur rend quelque chose de l’ambiance, de l’âme qui se dit au son du fiddle, près du feu de tourbe. Et les maisons sans fondations, posées sur le rocher, et les forts comme des couronnes : richesse d’Aran.
Et marcher, d’une certaine manière, trouver le pas juste :
Il faut aller l’amble. S’arrêter souvent, divaguer, se perdre. C’est l’endroit où aller vérifier si un sac d’or est bien enfoui au pied de l’arc-en-ciel.
Le vent, les arbres, la pluie, tout des îles et leur atmosphère unique.
Après avoir proposé le regard des écrivains et des créateurs sur les iles d’Aran – de Flaherty à Joyce et Synge – l’auteur fait don de son regard. Dominique Beugras :
Nuage, vague, flaque bleu foncé percée d’or, eau verte et maléfique, oiseau égaré, obscurité : et tout recommence.
À bord de son coracle de rêve, un écrivain à l’écriture poétique aborde avec tendresse aux îles de son amour, la trinité de son amour (l’aînée, la puînée et la cadette). En d’autres termes, l’île, c’est la table où l’on vient déposer son Graal.
Grain de la peau, mais aussi grain de l’encre, ce livre est intime.

pierre grouix
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Dominique Beugras, Grains d’Aran, La Bibliothèque, octobre 2004, 12,00 €. |
