Disparus

Disparus

Marie est en danger de mort mais, fort heureusement, un jeune voleur insouciant est tombé amoureux d’elle

Lui, c’est Vincent, 20 ans, qui se fait des poussées d’adrénaline en allant voler des bagages dans les TGV de la gare Montparnasse, et qui n’a jamais lu Ann Rice (Lestat le vampire). Elle, c’est Marie, il ne l’a entraperçue dans les toilettes d’un train en partance que fugacement, alors qu’il lui dérobait son sac. Marie est une actrice. Sans savoir pourquoi, Vincent devient amoureux de Marie. Et Marie a des problèmes. Au début, tout ressemble à une farce. Du faux sang, un pyjama taché, une cape de vampire. Mais le dernier objet retiré du sac ôte à Vincent toute envie de rire : une arme, une vraie, qui tire des balles, des vraies. Une vérité s’impose alors : Marie – puisqu’elle est forcément victime – fuit ses agresseurs. D’ailleurs, le sac ne comporte rien de ce qu’on emporte en voyage. De trousses de toilette, nulles traces, pas plus que de sous-vêtements.

Vincent a une autre spécialité : les cauchemars, toujours les mêmes, avec des cafards. Et si les cafards lui donnent le… cafard, une jeune étudiante – et jolie, car fardée – se charge de réveiller Vincent. Car Far(i)da est bien plus qu’une voisine vivant de l’autre côté du mur mitoyen. C’est une amie. Voire plus. Farida est la sœur que Vincent n’a jamais eue parce que Vincent est orphelin. Même s’il commence à enquêter, pour retrouver Marie, Vincent doit vivre. Et il vient justement de trouver une place de serveur dans une pizzeria tenue par deux frères italiens. Mais Vincent est trop pâle. Et on lui met du fond de teint pour qu’il paraisse plus méditerranéen. C’est dans cette pizzeria que Vincent rencontre Georges, un auteur de romans policiers à succès mais qui n’a plus d’idées pour ses romans. Ensemble, ils vont partir à la recherche de Marie. En contrepartie, Georges écrira l’histoire. De fil en aiguille, nos deux enquêteurs iront fouiller l’appartement de Marie, rendre visite à sa grand-mère, sur un plateau de tournage. Si Georges est un adepte du polar, il lui faudra se résoudre à attaquer un autre genre, le fantastique. Nicolae, l’acteur principal du film dans lequel jouait Marie, s’est fait mettre des implants pour ressembler comme deux gouttes d’eau à un vampire. Et de la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas. D’autant que le mal rôde quand Vincent omet de fermer ses portes.

Cette quête de l’être inconnu mais aimé à tout pour bien se finir. Il ne sera pas écrit, à la fin, « Vincent et Marie se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Il n’empêche que les dés sont jetés. Mais les dés sont pipés. Le hasard, qui a une part non négligeable dans cette histoire – au moins 20 % – va se jouer des contes de fée. Et de la plus terrifiante des manières. Chaque élément du quotidien de Vincent est une pièce d’un puzzle dont le lecteur n’a pas le modèle, et qui, surtout, se construit face cachée, pour n’être retourné qu’une fois la dernière pièce posée. Les genres se mélangent à mesure que la folie de Vincent devient plus tangible, au point que Farida devient cible de son amertume.

Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. D’abord à cause des thèmes abordés, allant de la folie à l’alcoolisme. Et puis du style de Sarah K., qui sert brillamment le registre qu’elle a choisi, mêlant fantastique et policier. Si l’on peut penser que Disparus conviendra à un enfant de 14 ans et plus, il faudra tempérer en fonction de la fameuse maturité du lecteur. La narration est plus proche d’un livre pour adulte même si la trame demeure assez simple et linéaire. Disparus est une belle histoire pour adolescents. Belle mais terrifiante. Non pas à cause des nombreux monstres dont elle ne regorge pas mais par l’oppression angoissante qu’elle génère. Pouvait-il en être autrement avec un auteur obnubilé par les vampires ?

julien vedrenne

Sarah K., Disparus, Grasset-Jeunesse, janvier 2006, 314 p. – 14,90 €.
A partir de 14 ans.

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