Die bitteren Tränen der Petra von Kant (Rainer Werner Fassbinder/Martin Kušej)
Une représentation prenante et édifiante dans sa conception mais pouvant paraître redondante dans sa réalisation
Le dispositif scénique conduit d’abord le public à se voir : le plateau est entouré d’observateurs, qui se découvrent tels dans la paroi de verre devant laquelle ils sont assis : éclairée de l’extérieur, elle joue le rôle de miroir. Lorsque la scène s’éclaire, les gradins remplis qui l’entourent disparaissent, découvrant un décor froid, presque vide, livrant les personnages à leur fragilité. La musique – disons progressive – accompagne de façon sobre et quasi violente ce spectacle s’annonçant comme « technographique ». Initialement, le sol est semé de bouteilles alignées, rendant artificielle la démarche des personnages. Lorsque les comédiens les font chuter, cela donne un écho violent et symbolique à leur intervention. Le lieu où ils évoluent est clos, comme un laboratoire isolé.
Il s’agit d’un espace de nécessité, fascinant et inutile. Le texte, intimiste, intéressant mais peu dramatique, est porté à la vue – disons plutôt à la vision – de façon efficace. Les dialogues – d’une violence toute féminine – sont désincarnés à souhait : ils apparaissent comme une suite de répliques objectivées. Et le jeu des corps est distingué de la portée des voix. Une tonalité presque analytique imprègne la représentation ; le public est alternativement voyant, regardé, voyeur, regardant. Les personnages figurent des positions : le pouvoir, l’outil, l’objet. La maîtresse se perd dans la dépendance à l’égard de ses soumissions. La servante, durant toute la durée de la pièce, immobile et impassible, comme une colonne inflexible, illumine l’action.
Les changements de décor constituent une prouesse technique dans un endroit confiné se faisant labyrinthique. Le spectacle est d’un esthétisme confiné ; il montre les corps et même les exhibe, dans une intention manifestement précieuse. Une représentation prenante et édifiante dans sa conception mais pouvant paraître redondante dans sa réalisation : le risque est de figer le personnage principal dans sa posture. Le propos peut paraître verser dans la monstration, comme s’il s’agissait d’un dispositif d’autoréférence. La satisfaction des yeux peut verser dans une fascination un peu vaine, détachée de son objet, cette violence sourde qui finit tout de même par éclater. La perfection esthétique risque par moments de réduire son exhibition à un artifice.
christophe giolito
Die bitteren Tränen der Petra von Kant
Les Larmes amères de Petra von Kant
de Rainer Werner Fassbinder
mise en scène Martin Kušej
© crédit photo Hans Jörg Michel
avec Bibiana Beglau, Sophie von Kessel, Elisa Plüss, Elisabeth Schwarz, Michaela Steiger, Andrea Wenzl
scénographie Annette Murschetz ; costumes Heidi Hackl ; musique Jan Faszbender ; lumière Tobias Löffler ; dramaturgie Andreas Karlaganis ; Production Residenztheater.
Créé le 3 mars 2012 au Residenz Theater de Munich
Au Théâtre de l’Odéon, du 4 au 13 octobre, Ateliers Berthier, 75017
Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h.
http://www.theatre-odeon.eu/fr/2013-2014/spectacles/die-bitteren-tranen-der-petra-von-kant
En allemand, traduction audio en simultané, durée 1h55.
Le texte de la pièce est paru à compte d’auteur, en Allemagne, en 1984.
