De profundis (Oscar Wilde / Bruno Dairou) – Festival d’Avignon 2023

© Philippe Hanula
La déclaration d’un tel non-amour
Josselin Girard fait son entrée en fond de scène, regardant « droit dans le soleil » : il descend les marches de la petite salle, s’approchant de la photographie de son amant, projetée sur une bâche qu’il vient déchirer pour ouvrir l’espace du plateau. Commence alors une longue diatribe, un discours animé par la colère, permettant la reconstruction salutaire d’une aventure malencontreuse.
Il s’agit d’une confession qui joue pour le grand auteur le rôle de bilan. C’est aussi une tentative d’analyse psychologique de la haine et de l’aveuglement. Le réquisitoire ne se termine pas par un jugement, mais par une proclamation lyrique, qui pourrait apparaître comme une absolution, mais qui s’accomplit dans l’autosuffisance de l’amour.
Le comédien déclame de façon un peu précieuse, mais précise, habitée, convaincante, le superbe texte qu’Oscar Wilde adresse à son amant. Ce grand texte d’amour est aussi une déclaration de mépris. Il élabore une méditation sur la vie d’une personne incarcérée, sur l’altérité et la détresse intérieure d’un amant incompris.
Le bilan du discours présenté est paradoxal : Oscar Wilde profère une accusation de manquement à ses propres engagements esthétiques, dans une démarche réflexive et édifiante.
Le spectacle est certes monolithique, mais incontestablement cohérent ; il procède d’une introspection nourrie et spirituelle. Le propos incarné par Josselin Girard est direct, simple et franc, efficace, bref salutaire.
christophe giolito
De profundis
d’Oscar Wilde
mise en scène Bruno Dairou
Interprétation Josselin Girard
Création lumières Arnaud Barré.
Au théâtre de l’Albatros, 29, rue des Teinturiers 84000 Avignon, salle Magasin
Du 7 au 29 juillet à 14h20 durée 1h10.