De la grotte au cosmos via poules et poulettes : entretien avec Chloé Poizat

De la grotte au cosmos via poules et poulettes : entretien avec Chloé Poizat

« Les col­liers de cous »

Chloé Poi­zat accorde au néant une iden­tité à tra­vers le temps et l’espace de ses des­sins, leurs énigmes ou leurs clés de 12. Joueuse de feu, elle mêle au des­sin le col­lage pour sculp­ter des comas en rien éthy­liques. Seule l’horreur déli­cieuse enivre en des gra­phies pro­jec­tions de la trans­lu­ci­dité. Il y a là des fenêtres ani­males, des hybrides abat­tus, des racines d’épouvantes et de palé­tu­viers noirs.
Néan­moins, une cer­taine « pudeur affirme la pul­sion d’apparaître dans l’imminence de l’utopie » culti­vée au passé. Le regar­deur devient voyant. Mais il ne  « sait plus où finit le temps et quand com­mence l’espace ». Au tabou, l’artiste pré­fère le hasard du désir, l’ironie de l’épouvante. Des pan­di­cu­la­tions plus ou moins stel­laires assom­brissent l’horizon si bien qu’il finit par se perdre dans le hasard du vide.

En femme poli­cée, Chloé Poi­zat n’hésite jamais pour­tant à assas­si­ner l’espèce. Certes, sans jamais tuer mais en fai­sant abs­trac­tion de sa pro­vi­soire éter­nité. Il y a de la sor­cel­le­rie dans l’air ou plu­tôt sur le papier. Ayant rivé en elle le tact du désordre, la traî­tresse mul­ti­plie illu­sions et miracles avec beau­coup d’ombres. Mais c’est au regar­deur de les por­ter, tel l’éternel péni­tent de celle qui fait de lui la cible de ses effrayantes fri­vo­li­tés. Tou­te­fois, sa séduc­tion fait qu’on lui par­donne tout. Cha­cun espère que sa séduction opère encore et qu’elle « com­pose un col­lier de cous ».

(citations de Boris Wolowiec)

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? L’envie de retrouver l’atelier.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Le cosmos me faisait rêver, j’y suis tous les jours.

A quoi avez-vous renoncé ? Aux choses qui empêchent ou restreignent la création.

D’où venez-vous ? D’une ville d’eau entourée de forêts.

Qu’avez-vous reçu en dot ? Le goût pour les choses du passé, le monde de l’obscurité.

Un petit plaisir – quotidien ou non ? Marcher dans les rues encore désertes, passer du temps en forêt, danser.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Beaucoup de choses avec certains et peu avec d’autres.

Comment définiriez-vous votre approche de l’art ? J’essaie d’être la plus libre possible avec des moyens modestes.

Quelle est la première image qui vous interpella ? Peut-être une reproduction d’une lithographie de Picasso accrochée au mur dans la chambre de mes parents.

Et votre première lecture ? Ecouter les contes de Grimm que ma mère me lisait le soir.

Quelles musiques écoutez-vous ? Les fondamentaux du Punk, du free jazz, et en ce moment beaucoup de musique électronique faite principalement par des femmes.

Quel est le livre que vous aimez relire ? Je préfère lire ce que je n’ai pas lu vu l’immensité de la littérature.

Quel film vous fait pleurer ? Dommage, je ne trouve pas immédiatement. Même s’il ne me fait pas pleurer j’ai envie de citer Wanda de Barbara Loden.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une image fantôme.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? Une fois j’ai pensé oser écrire à Pierre Siniac car j’avais un projet de livre sur un sujet qui me semblait lié à son univers, et il est mort quelques semaines ou quelques jours après y avoir pensé.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? La grotte, l’au-delà, le cosmos.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ? Proche je ne sais pas, mais qui m’inspirent oui. Marcel Schwob, Roberto Bolaño, Enrique Vila-Matas, Marie NDiaye, Nathalie Sarraute, Julien Gracq, Joe Brainard, Francisco de Goya, Victor Hugo, Henri Michaux, Sigmar Polke, Gérard Gasiorowski, Francis Picabia, Yves Tanguy, Max Ernst, Marcel Broodthaers, David Lynch, David Cronenberg, Aki Kaurismäki, Vincent Price, Jacques Tourneur, Mary Wigman, Maya Deren, Eliane Radigue… une trop longue liste se dessine.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un livre/un film d’un auteur/artiste que je ne connais pas encore et dont je voudrais tout lire/tout voir.

Que défendez-vous ? Les poules et les poulettes.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »? J’ai envie de croire que c’est autre chose.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? » Ce qu’il faudrait toujours répondre, ou non.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Who’s That Knocking at My Door.

Interview par Jean-Paul Gavard-Perret, le 19 aout 2016.

Laisser un commentaire