Dash Shaw, Bottomless belly button
Ce nombril sans fond est-il universel ?
Bientôt douze mois depuis sa publication francaise, dix mois révolus depuis son ovation à Angoulême : c’est avec une naïveté toute “rantanplanesque” que je viens aujourd’hui vous parler de Bottomless belly button de Monsieur Dash Shaw.
Si je ne m’étais depuis longtemps résigné à admirer des artistes plus jeunes que moi – ce à quoi oblige très vite le rock’n’roll – il serait sans doute douloureux d’écrire “Monsieur” à propos de ce gam… jeune auteur, né en 1983 à Hollywood, Californie. Il n’en est donc rien (grincements de dents). Si j’étais du genre à râler devant le prix souvent exorbitant des bandes dessinées, Bottomless belly button me couperait l’herbe sous le pied. L’objet est volumineux (plus de 700 pages lit-on ici et là), l’édition classieuse (“ça et là”) et le prix, allez ! desserre les dents et dis-le : raisonnable (30€ indique le dos du livre).
Si je devais cataloguer l’ouvrage, je m’appuierais sur ce même dos : Bottomless belly button est “un récit à classer dans comédie familiale / drame / horreur / mystère / eau de rose”. Quelque chose qui aurait à voir avec Un conte de Noël et Non ma fille tu n’iras pas danser des amis Desplechin et Honoré, pour citer d’autres oeuvres récentes, et non strictement littéraires, sur la famille et sa violence (le fait générateur de Bottomless belly button étant l’annonce, après quarante de mariage, de la séparation de Papa et Maman Loony à leurs enfants : Dennis, le fils, en couple avec nourrisson, Claire, la fille, célibataire avec ado, et Peter, le petit dernier devenu presque grand).
Sauf qu’ici, par un joli travail sur les contrastes – dessin brun et blanc, douceur de la forme vs noirceur du fond – prévaut la délicatesse. Comme si le séjour au Japon (le pays qui vise l’harmonie avec le monde, pas celui des mangas nauséeux) de ce jeune Américain avait influencé en profondeur son sens de la mise en scène. Est-ce à dire que ce nombril sans fond est universel ?
Dix et/ou douze mois de retard peut-être, mais toujours un d’avance sur Noël prochain.
guilhem menanteau
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Dash Shaw, Bottomless belly button, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sidonie Van den Dries, Editions ça et là, 2008, 720 p.- 21,00€ |
