Coralie Akiyama, Lèvres bleu ciel
L’attirante
La fiction (bleue) de Coralie Akiyama vient s’inscrire en faux avec des haleines de charbons ardents sur les espaces d’ombre. Ses copines, ses pirates (et les autres aussi) flottent dans la joie avec un air d’espièglerie presque écervelée et surtout avec beaucoup d’humour créé dans la torsion et l’hymen des couleurs vivres. D’où cette suite de rencontres d’hommes et de femmes, étrangères ou non. Certains deviennent de meilleurs cavaliers. Pour elle, l’un de ses suiveurs affirme que pour les Japonais, « le fait de se taper une fille occidentale se dit chevaucher un cheval blanc ».
Un Nippon le confirme mais pas question pour l’héroïne de s’arrêter sur un seul chemin. Pour preuve : « Et si on se fait un peu mal, ça te convient ? Tu aimes bien ? Tu trouves ça excitant ? », dit Solène, prête à s’adosser, à défaut d’un mur, sur un muret là où un Nippon enamouré et les yeux injectés de sang trouve qu’elle ressemble « à une poupée, avec ses joues de porcelaine, ses gros seins blancs et sa chevelure blonde-bleue-argentée. »
Mais après tout, pour l’héroïne, peu importe sa réputation de collectionner les hommes puisqu’elle rentrera en France à la fin de l’année. Certes victime consentante de ses « agressions » et dormant peu, elle « ne savait pas comment elle avait été capable de présenter la jacinthe le matin, ni jusqu’à quand elle serait capable de disserter sur les fleurs. ». Certaines impasses ou certains arrangements vont jusqu’à ce qu’elle connaisse la tristesse du partir même s’il lui fallut « attendre un an pour apprécier les sobas ».
Néanmoins, un Américain, un Français et aussi les chercheurs nippons d’exotisme sexuel trouvent tous leur rêve. Solène bien sûr comprise. Juste avant de partir, elle enlève sa chemise, court sur le sable brûlant vers son amant nippon. Elle l’entoure de ses cuisses puis » les premiers galets passés, le sol était délicieusement lisse. Elle s’immergea complètement dans le lac. L’eau était si belle que l’on pouvait y nager en gardant les yeux ouverts ». Cette fiction est faite pour ça. En des silhouettes plus atmosphériques que lourdes existe toujours un excès, mais l’auteure sait que la vie est parodique et qu’il lui manque toujours une interprétation.
Coralie Akiyama propose donc la sienne de manière faussement anecdotique et primesautière. L’éclat trahit la nuit au sein de portraits en groupes ou au sein d’une solitude – jamais absolue mais parfois idéale. Rouée et charmeuse, la créatrice distille des paroles de jupes, de faux cils bleus, lèvres et cheveux bleus, plafond bleu outremer, ciel de verre, le doux et le sucré, l’amour et son dire jusqu’auprès du bleu du lac Tazawaka. L’héroïne nous avoue : « Avant ce bleu, je n’avais jamais été émue par une couleur. J’aimerais que tu voies ce bleu. ». Aucune défense d’y voir…
jean-paul gavard-perret
Coralie Akiyama, Lèvres bleu ciel, Vibration Edition, 2025, 150 p. – 16,00 €.