Collectif, Anthologie de la poésie chinoise

Collectif, Anthologie de la poésie chinoise

Eclats de Chine

L’Anthologie de la poésie chinoise tient de l’exploit et de la gageure. Elle évite le simple coup de dés hasardeux comme le tombeau. Il est vrai que l’anthologie est une pratique plus usuelle en Chine que chez nous. Elle est aussi vieille que la poésie elle-même. La première – intitulée Shijing – aurait été créée par Confucius lui-même 5 ans avant notre ère. Rémi Mathieu (directeur de celle de la Pléiade) est donc à sa manière un nouveau Confucius… Au cynisme officiel des maîtres de diverses époques (et même si le discuté « poète »  Mao est présent ici) répondent des œuvres dont la force poétique indéniable.
Des liquidateurs au cérébralisme tourmenté et décadent voisinent avec des poètes transformateurs qui debout sur la cime du monde lancent un défi aux étoiles. Face à la violence idéologique, ancienne ou contemporaine, ils inventent diverses stratégies où la « vitesse » prend souvent une autre acception chez eux que chez nous. Est-ce par le choix de Mathieu mais les textes sont condensés afin d’exhausser la vie intérieure de l’homme sans cultiver les excès. Cette poésie est moins précieuse que la poésie nippone : elle est moins sirupeuse. Y cohabitent des mythologies idéologiques plus complexes qu’on ne le pense. Les poètes chinois n’ont cesse de donner des rendez-vous volontairement « manqués » ou plutôt décalés à des concitoyens continuellement nargués par des idéologies qui ne veulent en théorie que leur bien…

Néanmoins, il est objectivement difficile d’échapper à cette intertextualité politique. C’est pourquoi dans la poésie chinoise l’individu et la foule ne doivent pas être traités de façon idéologique comme le fait le pouvoir. Le combat n’est pas simple. Et pour reprendre une terminologie marxiste, il est difficile à une superstructure (l’art) de vivre en apné face à l’infrastructure (politico-économique). Il fallut et il faut aux poètes chinois échapper à bien des tyrannies en imposant leur propre empire de l’espace et du temps. Beaucoup ont d’ailleurs préféré l’anonymat pour se soustraire à l’intertextualité idéologique des puissants. Les premiers peuvent provoquer – une ex-citation radicale face aux citations idéologiques. La provocation en fait partie, elle est même inhérente à des artistes dissidents comme elle était inhérente à une forme de futurisme chinois qu’appelaient autant les poètes des dynasties des Tang et des Yuan que le revendiquent  ceux d’aujourd’hui.

jean-paul gavard-perret

Collectif, Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Paul Mathieu, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, février 2015, 1600 p. – 65,00 €.

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