Collectif, Summer of the 80’s
Voilà une série de bandes dessinées qui vous accompagneront tout au long d’un été qui s’annonce très, très… années 80 !
Cet été les années 80 débarquent sur Arte et c’est Madonna, « the queen of the pop » herself qui est envoyée occuper le terrain dès le 7 juillet. Très vite elle sera soutenue par des groupes de choc allant des Talking Heads à Simple Minds. AHA est chargé d’assurer la prise de contrôle finale sur la télé de l’été. Arte Editions en collaboration avec Dargaud a demandé à quelques auteurs dessinateurs parachutistes de préparer le terrain et d’en accompagner parallèlement la maîtrise. Et cet album, à la couverture rouge et noir, forcément – ah Jeanne Mas…- est une bombe.
On avait besoin de mettre les pendules à l’heure. Assez parlé des années post-soixante huitardes élevées et entretenues par des élites parvenues au sommet qui les diabolisent ou les célèbrent. Les années 80 sont rarement évoquées par le pouvoir. Silence radio… pour le temps de premières radios libres… Il faut l’admettre, les encombrantes années 80 posent problème. Cet album ne cherche pas à le contourner. D’emblée, Emile Bravo donne le ton : on sera loin, très loin de la réhabilitation ou de la nostalgie. Impossible, elles étaient esthétiquement trop nulles, en apparence. Elles sont un peu comme un cousin de la famille qui aurait réussi – le seul – et qu’on soit obligé d’inviter, mais dont on a un peu honte tant il est vulgaire et superficiel. Trop décomplexé le cousin, le verbe haut et fort et ses goût de chiottes. Ne pas oublier que Bernard Tapie était alors au top – ministre de la ville – et qu’il revient en pleine forme… N’oublions pas non plus que le synthétiseur a démoli le mur de Berlin. Et si sa chute n’était qu’un aggiornamento culturel ? Comme si l’Est se mettait alors à la page du rock et de la pop.
Lire ces bandes c’est saisir l’occasion de se poser quelques questions : comment avons-nous pu… aimer ça ? porter ça ? Tout y passe avec le trait juste et précis de Nine Antico, les vêtements, les coiffures. Pas besoin de couleur pour évoquer les pulls fluos et les épaulettes. La moquerie est facile mais on l’a bien cherchée. L’ensemble formé par ces 17 bandes ça ne s’arrête pas au décryptage ironique et prend une dimension critique intéressante, amère.
Car aujourd’hui, se poser visuellement la question de cet héritage c’est une façon de gratter un peu le vernis. Derrière les paillettes et les mégastars, derrière une telle superficialité il y avait forcément quelque chose de caché, d’intime. Une souffrance à découvrir. Derrière une prétention d’authenticité on ne trouve souvent que du superficiel… Faisons le chemin inverse avec les eighties… et dégageons la profondeur derrière l’electrocynisme de cette la fan de new wave dans la bande de Catel et Paringaux
C’est sûrement une question d’échelle et le duo Alfred et Chauvel partent avec beaucoup de justesse du monde pour s’approcher des Midlands et évoquer la misère des années Thatcher avec en fond « sonore » les paroles des Specials This town is coming like a ghost town… Les années 80 sont là, sous nos yeux, on les déteste parce que l’on est en plein dedans. Roch Voisine revient en force cet été… Et si c’était un chanteur de fermetures d’usines ?
Les auteurs nous livrent donc cette part d’ombre, cette omniprésence d’un temps qui ne passe pas. Comme un rêve terrible fait de Pacman, Tetris et krachs financiers, fantômes immortels et récurrents chez Drouin et Clavery.
En identifiant mieux cette part de nous même on pourra mieux la contrôler, la circonscrire et l’accepter sereinement ; avec vigilance. Il s’agit de ne pas craquer comme Bouzard, dernier auteur de la bande, « tombé au champ d’honneur » ce jour fatal du 10 juin 1985…
camille aranyossy
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Collectif, Summer of the 80’s, Arte Editions & Dargaud, juin 2009, 79 p. – 14,50 €. |
