Claude Viallat, Les échelles de Nîmes (exposition)
Entre 1973 et 1976 -encombré par sa forme unique qui, traduite en pochoir, se répète à intervalles réguliers sur le support, de gauche à droite horizontalement ou en diagonale -, Claude Viallat la remit en question et tenta de la faire disparaître par le feu, la solarisation, la détérioration, la superposition des couleurs. Il y parvint avec son Echelle de Venise, composée de lanières séparées par des espaces vides.
Mais c’est alors qu’il réalisa que rien ne servait de l’abandonner puisque ce n’était pas elle qui importait mais le processus qu’elle engendrait. Désormais, il mixte les deux postulations par ses Echelles de Nîmes dans un retour symbolique en pays natal.
Du neutre enveloppant du support entouré des formes, l’artiste décante une spatialité particulière. Excoriée et remisée, la surface travaille entre le réel trivial et la poésie pure. Mais Viallat ne fait qu’y réintroduire ses fétiches particuliers, ses rémanences formelles. Manière de jouer avec le principe de répétition afin d’établir une loi esthétique particulière. Jouant sur cet effet de réitération (ou de « papier-peint »), le créateur maniaque ne cesse de dérouler la même peinture tout en lui aménageant un suspens.
Une telle œuvre prouve que peuvent exister une mémoire et une peinture sans fantasme par le jeu du simulacre en de tels ensembles en trois parties. Cette minime émancipation matérielle n’est qu’un autre type de « pellicule ». Elle déplace légèrement lignes et plans dans un « hasard » programmé à chaque instant. Cela peut-il faire penser que c’est pour cela que nous sommes ?
jean-paul gavard-perret
Claude Viallat, Les échelles de Nîmes , exposition, Templon, Bruxelles, Du 7 juin au 27 juillet 2018.
