Clarisse Lispector, L ‘art est une quête, n’est-ce pas ?
L’art et le réel
Inédit en France, ce livre rassemble quinze entretiens de Clarice Lispector avec les avec les plus grands artistes brésiliens de de son temps. La caractéristique essentielle tient à la proximité amicale qui lie l’autrice et ses invité(e )s, le tout avec gravité et bonhomie autour de thématiques variées – de l’acte de création à l’amour, en passant par la politique.
Ces discussions deviennent des terreaux de réflexions fertiles à l’approche d’artistes très différents : Chico Buarque, Fayga Ostrower, Jorge Amado, Lygia Fagundes Telles, Pablo Neruda, Elis Regina, Djanira, Nélida Piñon, Tom Jobim, Iberê Camargo, Oscar Niemeyer, Dinah Silveira de Queiroz, Antônio Callado, Maria Bonomi et Nélson Rodrígues.
La richesse de chaque interview crée une appétence pour approcher au plus près de l’intimité de créateurs tous singuliers et chacun, à leur manière, immense. Éloignée de toute forme de consensualisme, Clarice se joue des conventions et de la forme classique de l’exercice de l’entretien mais en allant par sauts et gambades liés à sa façon d’être, ses ressentis voire ses traumatismes parfois en accord avec certains d’artistes (Dina Slveira par exemple).
En leur parlant, il arrive que Clarisse Lispector se sente découragée par l’utilité de l’art, par rapport à la façon dont nous vivons. Et les créateurs de souligner que l’art ne comble pas les carences dans lesquelles nous nous trouvons. Mais elle sait que l’art est aussi utile que le pain car il a une utilité spécifique : « il est relié à l’homme et le ressent comme un homme de demain », écrit-elle. Le tout sans démagogie par ses questions et les réponses de ses invités parfois en joie ou en dépression. Si bien que ce livre devient un laboratoire de réflexion.
jean-paul gavard-perret
Clarisse Lispector, L’art est une quête, n’est-ce pas ? , traduit du portugais par Izabellza Borges, Editions des femmes, Antoinette Fouque, 2025, 128 p. – 13,00 €.