Chrystel Mukeba sur la plage d’Ostende : entretien avec l’artiste

Chrystel Mukeba sur la plage d’Ostende : entretien avec l’artiste

Les photos de Christel Mukeba sont d’une beauté nue et sévère. L’artiste ne les nourrit pas d’ego. Elle propose la manière de faire résistance à un réel aride. La photographe oblige à s’identifier à ce qui dans la réalité est occulté. Elle oblige à se reconnaître dans un miroir où surgissent des vérités que nous tentons d’éviter : la vieillesse, la pauvreté de corps recueillis dans leurs assises charnelles.
Les scènes captées dans leur minimalisme, qu’elles soient de rues ou intimes, affirment un dédoublement entre une intériorité de l’être et l’extériorité qui la suggère. L’image se confond avec des êtres dont on ne sait rien mais qui néanmoins font corps avec nous et qui deviennent une visibilité de qui nous sommes. Chrystel Mukeba suggère souvent ce qu’il en est de l’abandon, du silence et de la perte (quelle qu’en soit la nature). Le monde extérieur est là mais il se tient en retrait des choses, il se replie vers son cœur de déshérence.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Mon fils Jules.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils sont restés des rêves d’enfants.

A quoi avez-vous renoncé ?
A une vie facile.

D’où venez-vous ?
Bruxelles, Belgique.

Qu’avez-vous reçu en dot ?

La détermination et le sale caractère de mon grand-père.

Qu’avez vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Une vie stable sans souci du lendemain.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Un bon verre de vin avec des amis.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
C’est une bonne question.

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Les photographies de Raymond Depardon

Et votre première lecture ?
« Un sac de billes » de Joseph Joffo.

Pourquoi votre attirance vers les paysages « nus » ?
Avec le nu tu ne peux pas tricher.

Quelles musiques écoutez-vous ?
J’aime les univers qui racontent des histoires et qui transportent ailleurs ; c’est un peu comme la photographie. Je peux écouter en boucle Emiliana Torrini et Aimee Mann.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« La plage d’Ostende » de Jacqueline Harpman

Quel film vous fait pleurer ?
Je ne me rappelle pas vraiment avoir pleuré devant un film

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je me dis mince, déjà 30 ans,

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Aux gens que j’aime

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
New York. C’est peut-être cliché je ne sais pas… elle est comme on l’

a voit dans les films…magique…imprévisible…incroyable.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Olala ; c’est dur ça ! Je vais citer une personne que j’admire pour son parcours, pour son boulot incroyable. Pas seulement parce qu’elle est une amie mais parce que pour moi ça été une vraie rencontre ! Sans hésiter la photographe Anne (De Gelas). On doute beaucoup, je pense que nous nous posons les mêmes questions. J’aime le regard qu’elle pose sur les choses.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un Leica.

Que défendez-vous ?
L’injustice.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
La vie est une bataille

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Ahahhahaha, cela me résume bien.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Aucune

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 9 janvier 2015.

Laisser un commentaire