Christophe Rey, Claquettes et ornithologie
Dans un mixage de « choses hétéroclites, nobles ou triviales, grossières ou délicates, complexes ou absurdes », Christophe Rey invente les listes qui sont autant de filtres, philtres ou grilles afin de saisir le monde à travers des biais comiques qui forcément sollicitent non seulement l’attention mais l’imagination du lecteur.
La manière de « monter » et montrer chaque liste n’a rien de figé. Tout se succède en une suite de « tableaux » sauvés des eaux ou du zoo humain. Dans une telle raffinerie, la valeur ou le vecteur dominant est le tacle : celui des rafales qui giflent la page, ratissent plus ou moins large afin que le lecteur s’y empale ou s’y estourbisse l’âme dans des agencements aux reliefs maltraités et où personne ne peut trouver la confirmation de ses savoirs acquis.
S’ensuivent un examen de passage, un adoubement par figures polymorphes et hybrides qui ne résolvent en rien la question du motif. Il y a donc de quoi toujours caler sur les poncifs, mordre dans la feinte et la poussière. Rien ne permet de croire dur comme fer – même avec une volonté d’acier. Là où, pourtant, tout pousse à plaire et où sourd du neuf, du fort mais pas du réconfort.
Dès lors, les primesautiers – mais ils ne seront pas les seuls – risquent d’être saisis d’une stupeur totémique.
jean-paul gavard-perret
Christophe Rey, Claquettes et ornithologie, Editions Héros Limite, Genève, 2018, 240 p. -28,00 CHF / 20,00 €.