Christophe Manon, Élégies mineures
Demain dès le crépuscule
Certes, il existe ici encore dans la poésie de Manon des portes qui donnent accès au passé. L’écriture de telles élégies lui permet de retrouver son identité native sous forme de « testaments » – mais ouverts plus sur l’avenir que sur les circonvolutions du passé.
Et si demeure un monde lointain, l’auteur revient mais vers l’avenir. Dès lors, la fascination des sources est détournée, plus forte que ses doutes. Et la voix intérieure du poète n’est pas celle du souvenir. Il brasse son passé mais il instruit la quête moins d’une continuité que d’un avenir par delà son histoire.
En ce sens, le jadis et le présent préparent un engendrement qui déplace la poétique de Christophe Manon pour atteindre sa vérité. Elle veut dépasser la mémoire et déplacer les affects passés vers « ce qui fut a été est ne sera plus » (le « est » est important puisqu’il signifie une sorte de biffure).
Existe en conséquence une porte étroite pour accéder au non encore advenu. S’éprouve chez Manon un déclenchement par effacement de ce qui fut et vers une possibilité Celui qui reste encore renvoyé à sa propre enfance trouve en son écriture non ce qui la précède mais ce qui détermine ce qui arrive.
jean-paul gavard-perret
Christophe Manon, Élégies mineures, Editions Nous, 2025, 144 p. – 16,00 €.