Christophe Lamiot-Enos, Sept lettres de Crète

Christophe Lamiot-Enos, Sept lettres de Crète

Du poétique au paysage

Il faut un certain temps pour entrer dans ces Sept lettres. Moins pour le caractère forcément intime que parce que leur propos liminaire – écrire sur l’écrire – peut laisser l’impression de se mordre la queue.
Bref, le livre a du mal à démarrer. Si bien qu’on peut penser qu’il n’y a aucune raison d’entrer en sa lecture. Néanmoins, une fois dedans, il n’existe pas plus de raison de le laisser tomber. Une progression infuse et la dernière lettre reste, en ses alternances, la plus réussie de l’ensemble.

A l’impression première – Lamiot-Enos intéressé par l’aventure du langage et ses possibilités (illusoires ?) de délivrance et de libération – se superpose la femme à qui s’adressent ces lettres. L’amour paternel sauve ainsi le texte d’une certaine sécheresse.
Certes; le paternel abreuve sa fille de leçons de poétique in situ là où il arrive que les éoliennes grecques disparaissent dans la chaleur. Et sauf à être une fille attentive et sage, il se pourrait qu’elle s’en lasse.

Amiot-Enos accorde sans doute à la poésie une puissance de feu qu’elle n’a pas. Et ce, même lorsqu’il limite l’écriture à « [l]e délivrer de [ s]es faiblesses ». Pour autant, l’auteur n’est pas un petit joueur. Et dès qu’il se dégage du discours autoréférentiel pour s’intéresser à ce qui se passe autour, le texte prend une ampleur telle que l’auteur, attentif au paysage, le dégage de tout lyrisme.
D’où la force finale d’une sorte de voyage initiatique vers « le caveau de Mathioulakis ». Il sort l’auteur de son « caveaubulaire » (Prigent) et sauve le livre en le portant vers des cieux inconnus.

lire notre entretien avec l’auteur : https://www.lelitteraire.com/?p=23911

jean-paul gavard-perret

Christophe Lamiot-Enos,  Sept lettres de Crète, Lanskine, Paris, 2016, 72 p. – 12,00 €.

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