Christophe Geoffroy, Rome-Ecône. L’accord impossible ?

Christophe Geoffroy, Rome-Ecône. L’accord impossible ?

Rome-Ecône, l’accord impossible ?

Les médias encouragent, pour ne pas dire autorisent, l’Eglise catholique à discuter avec tout le monde, à l’exception des catholiques de la Fraternité Saint-Pie X, dits intégristes. Et lorsque le pape Benoit XVI tenta d’opérer une réconciliation avec les lefebvristes, en renouant les fils d’un dialogue rompu par les ordinations schismatiques de 1988, il fut cloué au pilori par des journalistes très au fait des questions doctrinales et théologiques catholiques… Cette courageuse entreprise, on le sait, a échoué.
C
’est cette histoire que Christophe Geoffroy raconte et analyse dans un livre aussi riche que synthétique, honnête et très bien informé. Conformément à la ligne de la revue dont il est le directeur (La Nef), l’auteur tente d’adopter une position équilibrée, entre respect de la Tradition et acceptation de Vatican II. En un mot, la position de l’Eglise actuelle. C’est donc à travers ce prisme qu’il analyse cette affaire passionnée.

L’orientation de l’ouvrage est globalement sévère à l’encontre de Mgr Lefebvre et de ses héritiers. Leur responsabilité dans la déchirure de la tunique catholique ne semble en effet pas faire de doute. Jean-Paul II, secondé avec efficacité par le cardinal Ratzinger, n’a eu de cesse d’empêcher l’irréparable, et il apparaissait mieux armé pour faire face à cette crise qu’un Paul VI qui ne sort pas vraiment grandi de la lecture du livre. Mais n’était-il pas, de son propre aveu, environné des « fumées de Satan » ?
C
ertes, Christophe Geoffroy rappelle les errements incroyables des fidèles et d’une grande partie du clergé dans les années 1970. Mais insiste-t-il assez sur les tombereaux d’injures qui sont tombés et tombent encore sur des hommes et des femmes qui ne cessent de proclamer leur appartenance au catholicisme et à l’Eglise ? sur l’attitude pleine d’amour de ces évêques et de ces curés qui ont brutalement tourné les autels et déclaré Vatican II année zéro de l’histoire de l’Eglise, fermé leurs églises aux fidèles attachés à une liturgie millénaire, pour mieux les ouvrir aux innovations les plus grotesques et à qui voulait bien y entrer pour s’amuser ? sur ce rejet haineux que ces fidèles souvent déboussolés subissaient, alors que dans le même temps des prêtres se référaient davantage à Marx qu’au Christ ?

Au XX° siècle, et plus particulièrement dans sa seconde moitié, le monde a profondément changé. L’Eglise, c’est certain, devait s’adapter à ces bouleversements. La question – et bien malin qui pourra y répondre – reste de savoir jusqu’où elle devait le faire. La meilleure analyse de cette dramatique affaire reste celle de Benoit XVI, dans laquelle Christophe Geoffroy met ses pas. L’esprit du Concile, qui souffla après sa clôture, le dénatura. Il devint le Concile des médias que le pape dénonça une ultime fois avant de se retirer du monde. La FSPX, dans le même temps, s’enferma dans une critique radicale dont elle ne peut plus, et sans doute ne veut plus, aujourd’hui sortir, en se référant à un temps qui ne correspond plus à celui de la modernité. Christophe Geoffroy rejette donc – et avec raison – sur elle la responsabilité de l’échec. Elle refusa la main tendue.
E
st-il possible de sortir de cette crise ? De faire revenir dans la communion de l’Eglise des catholiques qui, comme le note Christophe Geoffroy, partagent avec le reste du troupeau les points non négociables définis par Benoit XVI ? De concilier ce qui apparaît comme inconciliable ? Le livre ne laisse guère d’espoirs sur l’avenir. Vision aussi pessimiste que réaliste !

Une occasion inespérée s’est présentée avec le pape Ratzinger qui connaissait mieux que personne ce monde de la FSPX. Tout catholique de tradition, attaché à l’unité, ne peut que regretter son échec.

frederic le moal

Christophe Geoffroy, Rome-Ecône. L’accord impossible ?, Artège, novembre 2013, 179 p. – 14,00 €.

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