Christiane Tricoit, Désert du Barbare

Christiane Tricoit, Désert du Barbare

Christiane Tricoit face aux ombres portées

Christiane Tricoit avance dans son livre en communauté avec les images de Claire Nicole. La première s’applique à ne retenir – comme toujours – que les mots essentiels et humbles. L’être se réduit à l ‘énigmatique « ils » indéfinis. On imagine le pire (Shoah ou autres génocides). On imagine l’horreur. Christiane Tricoit n’en dira rien sinon « ils avancent dans la nuit soudaine ». Surgit en conséquence l’affirmation, partielle et provisoire, du peu qu’on est. Pris dans les coupures des lignes, l’abrupt des éléments syntaxiques et lexicaux, cerné par les ligaments de Claire Nicole, le lecteur se retrouve soudain dans un pays antérieur à la conscience : celui de l’émotion. Elle prend dans « le désert du barbare » la forme d’un canyon cataclysmique où l’innocence est bafouée.
La parole y est comme en retrait. La gravure aussi – puisqu’elle naît d’un vide de matière. Mais en dépit du vide et du désastre surgit un levier d’espérance même si ne reste que la nécessaire pâleur sur la mangrove que constituent les lueurs de Claire Nicole. Elles viennent enlacer les mots dans un précipité de matière métaphorique. Quant à eux, ils semblent des victimes nues sous leur frêle carapace.

Mais une fois de plus Christiane Tricoit se bat avec le présent. Il reste le seul lieu de lutte contre le spiritualisme qui n’est que paresse du vivant. Le présent est donc le lieu de la poésie, de la mort, de la vie et du temps. La première prouve qu’il n’y a pas d’avènement à l’écriture sans un certain sens du rite. On y touche à l’essentiel dans la proximité du lointain. L’auteur en quelques mots rappelle le risque de toujours qui rampe à proximité de tout être. En ce sens, le langage du corps prend consistance. Les mots comme les « ils » vont droit dans le mur. Après ce choc, il se peut que le silence soit imperturbable. Mais il s’agit pourtant de tenir dans  » l’envie d’être encore en vie «  (Beckett). A nous donc, après une telle lecture, de lutter contre l’enfer qui toujours peut nous être accordé.

jean-paul gavard-perret

Christiane Tricoit, Désert du Barbare, pointe sèche et collage de Claire Nicole, coll. Leporello, Passage d’encres, 2012, 18 p.

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