Christian Limousin, Mangeant une étoile du ciel

Christian Limousin, Mangeant une étoile du ciel

Dans une sorte de superbe retour vers sa propre œuvre, Christian Limousin reste son son « héraut » que l’on rencontra jadis en un élégant boléro. Mais ici, sa poésie se fonde sur une écriture aussi ample que brève et parfois volontairement ampoulée pour accentuer certains vibratos lyriques. Mais le limier est fin. A ses vignettes existe une suite de prétextes : à savoir des œuvres (précises) de Bellmer, Bacon, Leonor Fini, Rustin, Baselitz, Munch, Blake, Masson, Dix, Matta, Claude Cahun, Pïcasso, Cindy Sherman, Miro, Dali entre autres. Chacun(e) devient un essai hors de ses gonds par le miracle des vertus du poète.

Ces œuvres deviennent aussi une sorte de condensé des obsessions théologales (si nous permettons de les exprimer ainsi comme le ressasse un commentateur sportif de l’Equipe) où se mêlent concepts premiers et dérives idoines. Ici, l’anatomie voisine avec la transgression, l’angoisse avec le bestiaire, le bordel « Bataillien » (riche en dépenses) avec la boucherie d’Artaud . Quant à la cruauté de la crucifixion, sa danse, macabre, retrouve deux cousins : l’érotisme et l’extase. Et, par de tels maîtres et maîtresses (jamais de fausseté), sauts d’hommes, go morts de rien, d’alcool ou de saintes nourrissent (les dernières par leurs seins), une écriture entreprenante, classieuse et inspirée.

Dans un tel cafard n’a homme, grâce à Limousin, les bustes se tendent, se tordent couchent à lents tours, caressent l’infini ou se fracassent. D’où le panorama plastique d’une telle poésie. Elle dépasse de loin le souci du descriptif. Le corpus devient sorcier et sourcier en cultivant le lyrisme particulier de l’auteur. Celui-ci reste dompteur de dragons Mais orienté (par principe de l’objet du livre) vers le visible, Limousin semble s’amuser de son propre rôle ou de celui que les artistes post-mortem lui font jouer.

Certes, la cruauté du monde n’est jamais refoulée mais il y a du Giverny même si des guerres d’Otto Dix, des poupées de Bellmer giclent du jus d’hommes qui meurent dans la boue ou la bouture. Néanmoins, face à cet état du monde, in petto Limousin espère rester passeur sans être bon Pasteur. Et avec le temps, sa machine poétique fonctionne encore et concocte sourdement des exercices de révolte. Sa poésie passe sans cesse du constat au chant d’espérance. C’est la manière de tordre le temps et de torcher le cul du ciel car son écriture est pare fumet.

Christian Limousin, Mangeant une étoile du ciel, Douro, Chaumont, 2025, 236 p. -20,00€.

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