Chantal Pelletier, Tirez sur le caviste, Joseph Bialot, La Java des bouseux, Jean-Hugues Oppel, La Déposition du tireur caché

Chantal Pelletier, Tirez sur le caviste, Joseph Bialot, La Java des bouseux, Jean-Hugues Oppel, La Déposition du tireur caché

Avec Chantal Pelletier en tête, l’hommage à la Série noire continue pour notre plus grand plaisir.

Voici trois « Suites noires » de cette collection créée et dirigée par Jean-Bernard Pouy en hommage à la défunte grande sœur : la glorieuse « Série noire ». Peu de rapport entre Tirez sur le caviste au titre pastiche de Chantal Pelletier, La Java des bouseux, titre décliné de Joseph Bialot et La Déposition du tueur de Jean-Hugues Oppel. Si ce n’est, peut-être, un petit hommage rendu à ce dernier par Joseph Bialot dans son Fantasia chez les ploucs revisité, puisqu’il apparaît sous les traits d’un réalisateur fantasque, Harrison Oppel – ben vi, s’il n’avait été qu’une réminiscence d’Harrison Ford, il se serait appelé Opel, avec un seul « P » !


Chantal Pelletier, Tirez sur le caviste
 

Le céleri rémoulade était dégueulasse, et ma femme vraiment trop mauvaise cuisinière, je n’en pouvais plus, j’ai tiré. Elle est tombée, net, sans crier, ses yeux se sont juste un peu écarquillés, du genre qu’est-ce qui t’arrive ? Elle avait l’habitude de mes blagues, j’étais d’un naturel taquin, mais, assez vite, elle a compris que je ne plaisantais pas, et sa tête a lâché sur le côté. Cette fois, elle avait tout oublié. Fini !

Dans le Mâconnais, quand on est un caviste qui se respecte, on ne plaisante pas avec ce qui accompagne le bon vin. L’amateur de bonne bouffe trucide sa femme à cause d’un céleri rémoulade pas à sa convenance. Il fait ensuite croire qu’elle est partie au Rwanda poursuivre ses bonnes œuvres, et engage une sans-abri pour lui tenir lieu de cuisinière à plein temps, parce que, justement, du céleri rémoulade, elle en mangeait dans une barquette sur un banc. Son homme à tout faire, Christian, passe son temps à mater Aline. Cette dernière le laisse se rincer l’œil et s’astiquer la verge en attendant des nouvelles de sa grande amie Vanessa partie chercher fortune à Lisbonne. Plus le temps passe, plus elle encaisse de coups de ce dingo des plats. Elle découvre alors un magot caché dans les affaires de sa femme, et décide de se faire la malle. Mais y arrivera-t-elle à temps ?

Assurément un des plus jouissifs de cette suite avec ceux d’Hervé Prudhon et de Tito Topin. Dès le début, pas de rémission, on est plongé dans la cuisine de Chantal. On y débarque en mettant les pieds dans le plat. Le roman se découpe en deux parties. Chacun des protagonistes principaux est, tour à tour, le narrateur d’une même histoire. Chantal Pelletier nous délivre un truculent hommage à la « Série noire » et à Tirez sur le pianiste de David Goodis.


Joseph Bialot, La Java des bouseux 

– Et Polly ? Elle sera d’accord ?
– T’occupe ! Je la mettrai aux fourneaux. C’est un Frenchie, Landru qu’il s’appelait, qu’a inventé la méthode. Avant ce gus, la femme était l’avenir de l’homme ! Depuis, les Français ont poussé les femmes vers les cuisinières. Ils ont toujours innové. La preuve ? Leur gastronomie est la première du monde.

Rémy a 7 ans. Sa vision du monde diffère en tout de celle des adultes qui l’entourent. D’autant plus que ces adultes sont des malfrats en tous genres. À commencer par son père, turfiste invétéré et qui ne manque pas de lui donner de l’argent pour aller s’acheter une bouteille de Coca à deux heures de marche, chaque fois qu’une poulette croise son chemin. Et puis il y a la visite qu’ils font à son bouseux de frère qui traficote dans l’alcool sous les jumelles des hommes du shérif. Sans compter la belle naïade au tatouage envoûtant qui campe avec son tonton aux abords de la propriété alors que de bons samaritains cherchent une fugueuse pour la remettre dans le droit chemin.

Véritable pastiche du Fantasia chez les ploucs de Charles Williams, le roman de Joseph Bialot se perd quelquefois sur les sentiers du Far West avec des conjectures difficiles, puis revient dans un monde aussi absurde que mystifiant. Et c’est alors un véritable plaisir de lecture, qui donne aussi envie de replonger dans l’original.


Jean-Hugues Oppel, La Déposition du tireur caché

Mon interlocuteur se voulait sans doute poli, il pouvait être bêtement aristocrate et sincère, ou se croire très roublard s’il pensait que je prendrais son identité bidon pour vraie – dans tous les cas de figure, c’était un fieffé imbécile, doublé d’une vraie gueule de traître, autant de raisons qui m’ont incité in petto à majorer mon tarif de vingt pour cent plutôt que de l’envoyer aux pelotes ! […] Je lui ai répliqué que je l’appellerai Smith pour les commodités de la conversation, que cela lui plaise ou non, et qu’il devait m’appeler Wesson. Il a accepté avec un sérieux qui dénotait une absence totale de sens de l’humour, ce qui a ajouté dix pour cent de mieux à ma future facture.

Un tueur à gages envoie au commissaire divisionnaire Paul Gouanaud, qui n’a pas de la merde de mouette dans les yeux ( ?), une lettre et un CD qui entend raconter l’exécution de Jean-Pierre Duschesnes, un homme d’affaires qui s’était spécialisé dans le trafic d’armes et dont les connaissances, à la veille d’élections, auraient pu être très embarrassantes. Chez cet assassin, l’éthique est primordiale. Or ses commanditaires semblent l’avoir oublié. D’où ce testament un peu particulier sur fond de « Pélican rouge ».

Avec La Déposition du tireur caché, Jean-Hugues Oppel donne une autre dimension à la collection « Suite noire ». Les magouilles politiques refont surface dans un livre sans fioritures et qui ne risque pas de s’autodétruire à la première lecture. Ni à la seconde, d’ailleurs.

julien védrenne

   
 

-  Chantal Pelletier, Tirez sur le caviste, Éditions La Branche coll. « Suite noire » n° 11, janvier 2007, 94 p. – 10,00 €.
-  Joseph Bialot, La Java des bouseux, Éditions La Branche coll. « Suite noire » n° 10, novembre 2006, 96 p. – 10,00 €.
-  Jean-Hugues Oppel, La Déposition du tireur caché, Éditions La Branche coll. « Suite noire » n° 11, novembre 2006, 92 p. – 10,00 €.

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