César Morgiewicz, Mon pauvre lapin
Ce premier roman est celui d’une initiation loufoque.
Il suit le parcours d’un jeune homme qui rate tout, sans qu’il soit encore forcément un raté et prêt à plonger au fond de la piscine pour y rester.
Gallimard, maison d’édition, nous informe qu’en 2019 Morgiewickz s’est enfui de Sciences Po et vit depuis chez sa grand-mère. On comprend donc très vite que son héros est très proche de son créateur. Celui ci va donc jouer avec les codes de l’autofiction pour construire l’épopée bringuebalante d’un hypocondriaque et angoissé (ce qui est un pléonasme).
« Mon pauvre lapin » est le diminutif que sa grand-mère appelle accorde à ce César parmi les César. C’est une grosse dame alcoolique, drôle, décomplexée, et qui finance ses filles et par voie de connaissance le narrateur.
Dès le début du livre, il annonce la couleur : « Mes projets de carrière sont tombés à l’eau, vous savez. » Et ce, même s’il a tenté de passer le concours de l’ENA et, l’ayant manqué, a même pensé à s’y réinscrire. Mais ayant eu sa dose, ce fils de bonne famille se confine chez sa grand-mère, à Key West, en Floride, car elle passe là-bas tous ses hivers.
Il devait n’y passer que quinze jours mais ils se transforment en éternité (relative). Il veut profiter de l’occasion pour se mettre à écrire. Ne sachant quoi, il entreprend de raconter sa vie – dans le genre il n’est pas le seul…
Cette décision est-elle un de ce qu’il nomme ses « choix stupides. » ? Apparemment non puisque ce livre paraît. Certes, il ne faut pas confondre le narrateur et son auteur. Quoique si tout de même. D’autant qu’on ne sait si c’est sa vraie famille ou celle de la fiction qui l’encourage.
Ses tantes s’en inquiètent au téléphone et dit-il : »Ma grand-mère aussi me motive à fond. Encore ce matin, elle passait devant mon bureau pour aller à la piscine « avec sa fesse énorme qui dépassait un peu plus de sa serviette ». Et César d’ajouter : « J’ai détourné le regard. Nous sommes en couple, certes, mais chacun a droit à son intimité ».
Le travail, chez un tel valétudinaire, ne va pas à la vitesse escomptée et tient de l’exploit. A défaut de ses propres copines laissées à Paris, il a désormais celles de sa grand-mère et se retrouve au centre d’une intense sociabilité gériatrique ce qui – entre autres – lui évite de ne manger que des pâtes au thon tout seul.
De ce qui pourrait représenter pour certains « une oasis d’ennui » baudelairienne, César fait son alvéole. Comme d’ailleurs chez sa mère ou sa grand-mère.
Dans les deux cas, il pense s’en retirer en ayant mieux à faire. Mais finalement, les vieilles font l’affaire. Le narrateur accepte. Lâchement, diront certains.
Mais celui qui devient le centre d’intérêt des femmes de sa parentèle répond à leurs attentes. Et tout compte fait, il se fait la main jusqu’à de ce que ses prestations orales de raconteur d’histoires se transforment en un roman unique, drôle et efficace.
jean-paul gavard-perret
César Morgiewicz, Mon pauvre lapin, Gallimard, collection Blanche, avril 2022, 240 p.