Cendres Lavy, Palais de Tokyo

Cendres Lavy, Palais de Tokyo

Le plaisir

Cendres Lavy aime lever le rideau sur des images où la philosophie hédoniste devient une activité délictueuse et libre. L’art représente le lieu du déplacement, du transfert, du renversement afin que la métaphysique s’adresse aux sens et vice-versa sans souci des dogme et doxa. Comme le précise l’artiste, son travail est plus une question de vision que d’image. Néanmoins, cette dernière est une invitation à penser un vertige sans distance de courtoisie. « Ce qui est montré est l’évidence » dit la créatrice. Mais pas n’importe laquelle : l’évidence cachée sous le rideau. Il s’agit d’y grimper pour capturer non l’indicible mais ce qui se passe lorsque le corps devient transitif par ses actes – l’artiste donne d’ailleurs souvent pour titres à ces créations des verbes d’action.
Les corps flamboient par ce qu’ils donnent et parcequ’ils  jouent dans divers types d’échanges en un sorte de vacance des esprits : ce qui évite toute annihilation physique et en conséquence mentale. La figure féminine – souvent nue – se répand et s’épanche en tant que sujet de désir et parfois d’objet de domination. Mais elle transgresse de telles situations et bien sûr tout édit de chasteté.

Apparaît entre la monstration et l’action une opération jouissive. Les femmes affichent leurs prestances, formes et forces. Parfois, elles les dissimulent ou en ajoutent une couche sous leurs strass. Mais leur puissance toise la mollesse des mâles. Là encore, cela tient d’une jouissance. Le centre des mystères n’est plus le dévoilement de phallos. Soulever le rideau ou le voile ouvre sur un chaos coloré où la démone refuse le masochisme et la passivité.
Il se peut même qu’à l’heure de la sieste de telles gorgones s’accroupissent sur le sexe dressé des dormeurs. Elles deviennent les sphinges qui vampirisent les endormis et leurs caresses libidinales ou temporelles ignorent la morale qui voudrait les limiter. En usant de leur érotisme charnel pour élever le désir, elles s’offrent elles-mêmes la volupté sans même déranger ceux qui poussent des cris d’orfraie.

C’est bien là la naissance de Vénus et qu’importe si les rêveurs ont pour maison leur passé. Au contraire même. L’artiste leur rappelle que leur plus obscur passé est non l’utérus mais le vagin. Si bien que le dernier des « amorphos » ne peut qu’être réveillé à l’insu de son plein gré. Il y a soudain deux corps qui se mettent à parler sinon le langage de l’amour du moins celui du plaisir. Ils se vouent aux fantasmes comme les truites aux rivières.
Le sexuel se manifeste en tant que dilution de l’incomplétude dans la violence de l’acte et pour le plaisir.

jean-paul gavard-perret

Cendres Lavy, Palais de Tokyo, 16-18 mars, Paris Ass Book Fair, Maison Dagoit.

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