Celui qui a renoncé (provisoirement ?) à faire des films : entretien avec Richard Texier.

Celui qui a renoncé (provisoirement ?) à faire des films : entretien avec Richard Texier.

Richard Texier rameute les formes géométriques les plus simples et leurs assemblages et couleurs pour dialoguer avec les forces du monde. Contre l’imprévisibilité d’un chaos surgissent des formes rondes qui paradoxalement n’existent pas isolément. Tout communique et se répond dans des similarités dont les couleurs se transforment et reviennent là où le passage est la seule règle. Apogée et déclin, plein et vide, ombre et lumière, blanc et couleurs permettent la présentation d’un seul cosmos où tout se concerte et s’harmonise.
Tout élément appelle autre chose que lui-même dans une tension et un minimalisme d’énergie. De telles œuvres deviennent le raffinement de l’univers qui s’organise au sein de matrices dont le formalisme abstrait n’est pas métaphysique mais donne au monde des situations d’équilibres. La dynamique circulaire crée une polyphonie colorée. Elle met en mouvement l’énergie selon un fonctionnement particulier où raison et sensation ont parties liées afin de créer une poésie optique. Elle rejoint autant le champ expérimental que la célébration dégagée des magmas telluriques et du tohu-bohu.
Une genèse empreinte des points d’appuis et de liaisons crée les signes fluides capables de condenser le vivant dans un univers aussi stable que vibrant. Il offre ordre et sens dans une esthétique aussi simple qu’insondable et dont la rigueur est synonyme d’ivresse paradoxale.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le désir

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Mes œuvres

A quoi avez-vous renoncé ?
Au cent mètres, je suis un coureur de fond

D’où venez-vous ?
D’avant le langage

Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’envie de déployer mes rêves

Qu’avez vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Le goût de faire des films

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Regarder les arbres

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Ma singularité

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Le sublime tableau d’ Yves Tanguy : « jour de lenteur  »

Et votre première lecture ?
« L’Extase matérielle » de Jean-Marie Gustave Le Clezio

Comment pourriez-vous définir votre travail sur et contre le chaos ?
Chaque chaos invente son cosmos

Quelles musiques écoutez-vous ?
La musique m’empêche de travailler

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Prospectus et autres écrits suivants » de Jean Dubuffet

Quel film vous fait pleurer ?
« Amarcord » , » La Strada » , le cinéma italien

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un être qui ne ressemble pas à ce qui vit dedans

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Personne

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Istanbul

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Les artistes surréalistes

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
« Astronomicum Caesarum » de Petrus Apianus en édition originale

Que défendez-vous ?
La splendeur de la nature

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Une incompréhension des forces en présence

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Comme artiste, je bataille souvent avec l’inverse

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Quel est l’état actuel de mon esprit.

Note et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, août 2014.

Richard Texier, Pantheo-Vortex, Chez Higgins, 2014.

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