Céline Curiol, Voix sans issue
Céline Curiol a publié son premier roman en avril dernier. Henry-James Saniez en fait le sujet de sa première chronique
Depuis le début de cette année, Henry-James Saniez anime le site ecrivainsenligne.com – qui publie puis commercialise en ligne des nouvelles inédites d’auteurs publiés par des éditeurs traditionnels. Vous aurez d’ailleurs remarqué que lelitteraire.com et ecrivainsenligne.com sont partenaires depuis quelque temps… Il aurait été troublant que Henry-James ne s’essaie pas rapidement à la chronique littéraire – « Avec un tel prénom, pouvais-je durablement tourner le dos à la littérature ? J’ai résisté jusqu’à l’âge de 33 ans [tiens tiens… – NdR] Mais On n’échappe pas à son destin ! »
Premier coup de plume, donc, pour un premier roman – celui de Céline Curiol, Voix sans issue.
Celle-qui-n’a-pas-de-nom est l’héroïne de ce roman. Nous l’appellerons « elle », comme Céline Curiol. Ses yeux n’ont pas de couleur, ses cheveux non plus. « Elle », n’a ni taille ni silhouette. Son visage n’a pas de traits même si « elle » est sans doute mignonne. « Elle » n’est, pour autant, pas un fantôme. Elle est célibataire comme Bridget Jones, mais c’est leur seul point commun. Elle est le produit d’un cocktail de personnages d’A. Nothomb et de C. Castillon : timide, décalée, mal à l’aise.
Elle est celle que l’on ne remarque pas lors d’un dîner ou au sein d’une entreprise. Elle se sent invisible. Ce sentiment d’infériorité est tellement ancré qu’elle ment sans peine, non pas pour se valoriser mais pour couper court aux discussions. Conséquence : sa vie glisse sur elle comme l’eau sur une surface vitrée, sans qu’elle puisse la maîtriser. Elle voudrait sans doute être cadre, ou médecin ; elle annonce les départs et arrivées des trains en gare du Nord.
Voilà le personnage autour duquel est bâti le roman. C’est sa raison d’être. Le livre repose sur « elle ». Comme il se doit, « elle » est mise en scène. Le décor : Paris. Un Paris moderne et froid vu par un œil aiguisé. Ce Paris parfois violent tranche avec sa personnalité fragile et interagit pour accentuer davantage ses traits de caractère. Si elle n’habitait pas Paris. Peut-être que. L’histoire : elle est amoureuse d’un homme depuis… elle ne s’en souvient plus. C’est l’homme de sa vie, le grand amour, elle le sait. Mais, « il » est marié. Un soir, l’ivresse aidant, il y a eu ce baiser furtif. Et depuis, elle attend patiemment qu’il l’appelle.
Ce roman n’est pas de ceux qui sont menés bon train à coups de phrases courtes et incisives ; celui-ci est écrit avec plus de langueur mais sans être monotone. Il est original et troublant. Cette femme qui annonce les départs des trains tous les jours mais qui est incapable de monter dans le sien, est attachante, et particulièrement bien imaginée.
Voix sans issue est un premier roman remarquable d’intelligence. Espérons que Céline Curiol ne s’arrête pas en si bon chemin.
Henry-James Saniez
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Céline Curiol, Voix sans issue, Actes Sud coll. « Domaine français », avril 2005, 253 p. – 19,00 €. |
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