Cécile Sans, Le geste d’après

Cécile Sans, Le geste d’après

Entre le crucial et l’impalpable

Tout dans ce livre est de l’ordre sinon de l’effacement du moins de l’absence : jusqu’au nom de l’auteure, le titre, le nom et l’adresse de l’éditeur (indiqué sur un carton inséré dans le livre). Et comme le précise l’auteure : « Pas de chapitres, ni de titres, ni de sections, pas de progression, pas de bords. La dernière phrase est un saisissement, pas un aboutissement. »
Ne restent que des bribes, des cartographies de lieux plus ou moins précis : Marseille, ses rues, le tramway et des lieux plus anonymes et des objets divers. Et des thèmes plus violents : prostitution, pornographie à travers là encore des bribes de phrases où se mêlent l’organique comme l’abstrait en diverses coutures plus ou moins jointoyées.

Au besoin, les temps verbaux « questionnent le récit » là où le passé simple crée des moments « de suspens trouble, de tremblement, où le réel devient fiction, ou la fiction pourrait devenir réel.
Divers jeux de mouvements s’entrechoquent dans des éléments aquatiques qui au besoin créent des états de passage ou de déplacement là où « Les robes flottent d’abord sur l’eau, se gonflent, puis tombent » et où le regard des mateurs se partage avec celui de l’eau.

Toute l’esthétique géographique et  plastique du livre demeure pour souligner ce qui fut.  Parfois au phrastique se substituent des listes brutes et brutales et sans commentaires. La liste est parfois un seul rappel de ce qui reste : « Anal, Européen, Sexe, Hétéro, Amateur, Pipe, Âgé, Jeunes, Lesbiennes, Japanese, Allemand, Vieille et belle, Romantique, Trav/trans, HD, Gros seins, Jeunes/vieux, Asiatique, Ejaculation, Trio, Partouze ».

Existe une puissance organisée entre le signifiant et l’anodin, le crucial et l’impalpable dans une expérience puissance et sensuelle qui s’ouvre à tous les vents – mais subsiste plus d’angoisse que de plaisir dans une sorte de mise à nu par l’élaboration sinon d’un vide du moins d’une incertitude.

jean-paul gavard-perret

Cécile Sans, Le geste d’après, Editions « Série discrète », 2020, 88 p. – 12,00 €.

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