Catherine Hermary Vieille, Le Siècle de Dieu

Catherine Hermary Vieille, Le Siècle de Dieu

Entre histoire et fiction

Le Siècle de Dieu, c’est celui qui couvre peu ou prou le règne de Louis XIV (si on y ajoute la Régence). En passionnée de littérature et d’histoire, Catherine Hermary Vieille (prix Femina en 1981) a acquis au fil des ans un lectorat fidèle et nombreux. Elle a l’art de narrer la grande Histoire en la mêlant à la vie de personnage fictifs – ici, deux jeunes filles de la petite noblesse bretonne.
Anne-Sophie de Kerdélant, 16 ans en 1665, qui rêve de découvrir les lumières de Versailles et de briller dans les cercles très courus des belles de l’époque, arrive à Paris pour épouser un homme qu’elle ne connaît pas. Elle est accompagnée de sa cousine désargentée, Vivianne, sorte de chaperon qui rejoint les Sœurs de la Charité et voue sa vie et son énergie à secourir les nombreux démunis. Grâce à ces deux personnages, l’auteure dépeint de ce siècle à la fois le monde des courtisans, des salons – ceux de Ninon de Lenclos ou de Mme de Scudéry –, mais aussi des apparences, des messes noires, des luttes de pouvoir – on croisera notamment deux des maîtresses les plus influentes du Roi Soleil, les marquises de Maintenon et de Montespan –, et celui des bas-fonds, de la misère, des famines, des injustices et des querelles religieuses – Jeanne Guyon est présente en fil rouge du roman, tout comme l’opposition Bossuet-Fénelon, la persécution des Huguenots, la révocation de l’Édit de Nantes…
Bref, la grande Histoire nous est racontée via la plus petite, celle des personnages principaux et secondaires (maris, amis, enfants).

Si l’équilibre entre l’aspect romancé et le roman historique est savamment respecté par une auteure expérimentée en la matière, si la capacité de cette même auteure à mettre en scène son érudition et ses recherches historiques est évidente, reste que finalement le livre tourne un peu en rond. À trop vouloir raconter l’Histoire, la vraie, Catherine Hermary Vieille en oublie la sienne, la fictive. Le lecteur peine donc à s’attacher à ses personnages, trop creux au fond pour être vraiment crédibles ou aimables, pas assez approfondis pour être remarquables.
Le choix du découpage chronologique des chapitres accentue l’impression que ce livre d’histoire se prend pour un roman – à moins que ce ne soit l’inverse. Le rythme du récit s’en trouve faussé, puisque les événements se répètent – les sécheresses, les grands froids, les famines, les courtisans plus ou moins en vue – mais les personnages n’évoluent pas forcément en même temps. On constate leur vieillissement, mais pas leur évolution. On assiste à leur avènement, à leur déchéance ou à leur mort avec la même indifférence, comme on lirait un livre d’histoire. Tout comme Louis XIV, despotique et intolérant, qui s’accroche à son trône malgré son impopularité grandissante, Anne-Marie ressasse les souvenirs de sa grande vie, survivant à deux époux et finissant ses jours quasi ruinée mais toujours arc-boutée sur sa beauté passée.
Si le livre se lit plutôt agréablement, il n’en reste pas grand chose de plus que ce que l’auteure nous raconte en filigrane du règne de Louis XIV.

agathe de lastyns

Catherine Hermary Vieille, Le Siècle de Dieu, Albin Michel, février 2013, 357 p. – 20,90 €

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