Catherine Andrieu, Ce qui pousse dans le silence suivi de Chants d’une femme-transfiguration

Catherine Andrieu, Ce qui pousse dans le silence suivi de Chants d’une femme-transfiguration

Sans qu’elle le sache, la sexualité a pénétré la tête de Catherine Andrieu enfant. Par les mots, hors sens pour un temps et qui demeuraient voilés dans des réserves. Ils se sont manifestés ensuite par des soumissions multidirectionnelles avec leur voracité. « Pire » (si l’on peut dire…), semblant égarée, une telle jeune et belle femme a fait l’amour « à un dieu qui n’avait pas de nom ». Elle lui a parlé doucement sans le voir et en silence dans la nuit qui « la regardait sans yeux ».

Il y eut d’autres extases, traversées ou ratées. La poète a dansé avec ses os, ses nerfs et s’est pliée, s’est cabrée parfois sans savoir qui elle était, qui parlait en elle, ni dans quel temps, mais dans l’espoir peut-être que ses flottements lui permettaient de déjouer les mensonges des hommes. Dans ce livre comme ceux qui l’ont précédé, elle avoue l’inavouable. Demeurent en elle la violence subie, les viols, le servage, voire la guerre de Troie pour Hélène, la haine, la jouissance des hommes, pas celle des femmes. Les premiers tentent de leur ravir.

L’auteure nous rappelle que la vie, ça tue l’âme des femmes et, plus bas, leur corps. Il se retrouve parfois comme une dépouille inerte sur leurs bras. En conséquence reste en une femme qui enfin s’aime, avec la douleur, la rage folle. Car dès son enfance, malgré la Méditerranée, elle a eu peur du noir, du noir de la nuit. Des hommes, des femmes qui firent sa nuit et qui la rendirent comme « folle ». Mais avec le temps, son écriture est bien plus qu’un abri ou refuge.

Sa poésie, c’est l’existence et sa métamorphose. Le tout sans jamais sombrer dans des alphabets débraillés. Le sien reste surréaliste – manière d’errer dans les allées des songes voire sur un plateau de théâtre, où Catherine Andrieu pourrait boire le thé en se moquant des comédiens et en dénigrant le diable qui se divise pour régner.

Par une telle poésie, l’auteure s’habite, s’occupe avec les chats. L’un après l’autre, ils squattent chez elle. Elle se dit même une bête et non ses félins. Mais disons-le et avec humour : il existe là un « truquage » de sa part. Certes, contrairement aux chats, elle croit tout. Pour preuve, ses images qui déraillent avec leurs apparitions.

Mais jamais dans le vide. Parlons-en un peu du vide : pour elle et à sa place, existe le temps ouvert des mots. Non pour jouer avec mais pour déplacer les montagnes, et mettre les flaques de pluie et de larmes à la verticale. Et résumons : au fil du temps, Catherine Andrieu a osé les images défendues et fendues, leurs passes et leurs codes. Elles ressortent toujours métamorphosées et transfigurées par ce qui est la clé: « Ce qui pousse dans le silence ». Pour le faire parler.

Catherine Andrieu, Ce qui pousse dans le silence suivi de Chants d’une femme-transfiguration, Rafaël de Surtis, Cordes-dur-ciel, 2025, 100 p . – 17,00 € ».

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