Carole Diamant, Ecole, terrain miné

Carole Diamant, Ecole, terrain miné

Au-delà du simple témoignage, ce livre offre une réflexion profonde sur les malaises qui parcourent l’école républicaine

L’école est l’objet de toutes les attentions. À juste titre. N’est-ce pas l’école qui prépare l’avenir, notre avenir, en formant les consciences citoyennes ? Reste qu’il y a lieu d’être très inquiet devant les mutations scolaires : ce sont ces transformations vécues par l’école que Carole Diamant, professeur de philosophie dans le 93, nous raconte d’un ton grave et juste.

Ce livre est plus qu’un simple témoignage – comme il en existe déjà des dizaines -, il s’agit d’une réflexion en profondeur sur les malaises qui parcourent l’école de la République, notre République. Il y a d’abord la difficulté à enseigner, à transmettre, tant le savoir de l’enseignant est placé en concurrence avec d’autres sources « culturelles » beaucoup plus faciles d’accès ; mais aussi parce que le respect lié au statut d’enseignant est lui aussi concurrencé par d’autres autorités qu’elles soient religieuses ou communautaires. Pour une partie des élèves de Carole Diamant, la « communauté des citoyens » n’a aucun sens – les discours intégristes sont bien plus captivants, ils paraissent donner un véritable sens à l’existence, ils sont bien plus concrets.

Ainsi s’instillent dans notre école une logique de la tension, de la provocation, et l’oubli des exigences républicaines. Il faut lire le chapitre intitulé « Les cow-boys et les Indiens » où l’auteur rapporte l’admiration de certains de ses élèves pour Ben Laden sans pouvoir trancher entre la provocation ou l’adhésion ; chapitre où Carole Diamant évoque sous la forme d’une anecdote l’antisémitisme qui existe dans nos banlieues : ce père qui ne comprend pas que son fils puisse affirmer qu’il a désormais des copains juifs et qui s’en ouvre à l’ancienne enseignante avec qui il a toujours entretenu de bons rapports, professeur qui dès lors se retrouve devant un dilemme – Faut-il « avouer » que je suis juive ? Être dans l’obligation de se poser la question traduit déjà une mauvaise tournure de l’école.

Ce tableau sombre est évidemment éclairci par les élèves qui réussissent, ceux qui ont progressé. Il y a aussi l’espoir incarné par l’expérience Sciences-Po à laquelle a participé Carole Diamant : cette initiative qui permet à certains lycéens de ZEP d’entrer à l’IEP sans concours – mais à la suite d’une sélection rigoureuse. Une forme de discrimination positive ? Et si c’était la solution ?

e. keslassy

   
 

Carole Diamant, Ecole, terrain miné, Liana Lévi, janvier 2005, 130 p. – 12,00 €.

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